Index de l'article

 

 

 

 

L’ARRIVÉE SOUS LA BRUINE

 

 

Il bruine sur l’autoroute bloquée par l’accident. Il bruine sur le béton, les pins brûlés, la terre à nu. On s’enlise dans les aléas du voyage — le retard de l’avion, les médicaments qui chauffent, le type louche à l'aéroport, le prix exorbitant de la voiture de location et, bien plus inquiétante par ce qu’elle rappelle ou annonce, par ce qu'elle dit crûment de la réalité, l’ambulance qui nous dépasse et va rejoindre un peu plus loin trois véhicules plus ou moins défoncés.

Ainsi le rêve de l’île apparaît-il d’emblée comme brouillé, bétonné, saturé, maculé de gasoil et peut-être de sang. Au moins échappe-t-on à la carte postale à laquelle se résument si aisément des vacances sur l’île…

 

*

 

« Bazar tentaçaõ » dans le parking bondé du centre commercial Continente, que cernent, sur fond de pluie, les pains de sucre de montagnes chinoises. De la radio ruisselle la voix d’une chanteuse portugaise qu’accompagne un jazz triste, et c’est comme un Brésil morose où « corazaõ » et « emoçaõ » riment obstinément dans les mêmes rengaines exténuées qu'acclame néanmoins un public complaisant.

Le voyage comme chaque fois n’est rien d’autre qu’une succession d'entre-temps, d’attentes, de moments et de places intermédiaires. La musique disco qui s’échappe du 4x4 d’à côté se mêle sans harmonie avec les pleurs d’un bébé et le bruit de l’eau qui dégoutte depuis les falaises sur les bâches qui protègent le parking (c’est dire l’humidité permanente qui règne dans cette cuvette).

À l’arrivée sur l’île d’Andros, il pleuvait aussi et on se sentait perdu…

Cette langue inconnue roule comme un tambour, comme un torrent, comme une averse, puis se perd dans l’averse…

On cherche ensuite longtemps la maison, de plus en plus perdus le long de ce rivage austère.

 

Saõ Vicente, 27 juillet 2013