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LE MAÎTRE ET LA PLUME

 

 

À J.

 

 

Dans l’enfance déjà tu te sentais

un peu troué

un peu ailleurs 

en ces instants où l’on est comme

déplacé

dépossédé

désorienté

dépersonnalisé

et que les autres semblent ignorer.

Qui suis-je ?

qui pose la question ?

Juste un espace de

disponibilité neutre

juste un accueil à

l’étrangeté de ce qui est

un mouvement de perte

un don ou l’entente

d’une question insensée.

 

Bien plus tard au Canada 

te voici étrangement

intensément attentif 

aux mouvements de l’esprit 

à la manière dont tu marches

dont tu portes à tes lèvres une tasse 

cette qualité de présence 

qu’un livre te nomme

et que tu apprends 

à cultiver, à affiner.

 

Maintenant je ne suis plus

que le mouvement de ma plume —

toi le maître qui te révèle

à ta propre dignité, dis-tu ;

puisse-t-il t’aider à trouver le chemin 

de ta liberté.