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SANS-REPÈRE

 

 

Espace, espace. Espace était mon seul réel.

Sans quelques traitres regards vers le bas j’eusse pu me croire transformé en espace…

 

Henri Michaux, Les grandes épreuves de l’esprit.

 

 

Soudain la terre et le corps tremblent

comme la carlingue d’un avion

pris dans les secousses 

d’une chute ascensionnelle. Voici

l’ultime montée 

les derniers pitons plantés

dans la falaise qui s’effondre

puis le ciel noircit, bleuit, blanchit

on atteint un dôme étincelant au-delà duquel

le corps-esprit se disloque

dispersé

dans le sans-repère

le sans corps

le sans refuge 

l’espace paniquant

bienfaisant 

tout puissant 

l’espace

l’espace partout pénètre 

et écarte 

et disperse 

et dévaste voici 

(l’expérience est instable 

tout 

vibre) voici

l’indicible sans repère

sans contrôle

sans plus rien à faire 

soudain tout est accompli.

 

Le temps d’un dernier vertige on 

se rassemble et on 

redescend très simplement

le corps tremble encore

comme la carlingue 

après l’accident

et gisent à terre l’artifice

des pratiques et des décors

tous les murs du fort

tous les murs.