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LA CLAIRIÈRE À TREIZE ANS

 

 

Pour P.

 

 

Toi que j’ai croisé à l’ultime détour de l’enfance,

bien engagé déjà dans le prochain virage,

toi que touchaient les pleurs du chiot égaré, 

la coccinelle blessée,

et l’attente du narrateur enfant dans La Recherche du temps perdu,

toi qui ne pouvais entendre sans trouble le chant de la tourterelle

pour ce qu’il te rappelait de mauvais souvenirs,

toi dont la clairvoyance et la saine distance face aux faux-semblants

me furent comme une fontaine,

toi l’enfant des villes ignorant de la nature peut-être,

mais capable encore de l’émerveillement et de la précision

du juste regard,

toi que ne grisaient pas les louanges,

pas dupe, non, pas dupe des rôles

en lesquels on enferme les enfants comme toi —

puisses-tu garder le souvenir de l’aube d’été

puisse-tu trouver le chemin de ta liberté

puisses-tu être heureux.