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APRÈS LA FLORAISON

 

 

Ciel bleu pâle, temps tiède, clameurs de rouge-queues et d’élèves dans le couloir, puis plus rien. Des éclats lointains. La salle vide. Le malaise, ce malaise de l’été est identifiable à divers symptômes, parmi lesquels une certaine difficulté à respirer (probablement liée aux graminées et aux pollens), des douleurs au ventre, une raideur à la nuque, des douleurs dans le dos (c’est peut-être l’âge qui commence à faire son sale travail de sape), une sorte de confusion mentale qui fait qu’on est incapable de retrouver la date et les noms, un sentiment général de peur.

 

Des cris résonnent encore dans la cour, puis se taisent. De quoi diable avoir peur ? De ce grand ciel bleu pâle sans obstacle ? De cette liberté qu’on imagine d’avance décevante des longues vacances d’été ? De se dissoudre dans tant d’espace et tant de temps ? Quand on monte à toute allure les marches qui mènent à la salle, quand on professe entre deux sonneries tout en cabotinant, on peut garder l’illusion d’un temps maîtrisé, utile, rassurant, et même de la jeunesse puisque ceux-là qui sont assis en face ont toujours le même âge ; puis quand la salle se vide… l’artiste dans sa loge, après le spectacle, sait bien cela, ou le père soudain seul dans la maison trop grande après que le dernier des enfants est parti.

 

Accoudé à la fenêtre devant le paysage, on sent qu’on se défait comme boule de pissenlit passée la floraison.

 

17 juin 2019