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CE QUI RASSURE…

  

Rêvé cette nuit encore de la forêt tropicale amazonienne et de Cayenne transformé en Venise équatoriale.

Travaillé encore une bonne partie de la journée à l'aménagement des combles. Je pose le plancher. J'ai besoin de ce bureau là-haut pour écrire. La pose du plancher est une étape de ce très long processus qui va de la vie à l'écrit !

 

Autrefois j'ai été quelque sauvage charognard, ou bien cueilleur-chasseur arpentant le monde d'un pas régulier.

Autrefois, plus loin encore en amont du monde, j'ai été rapace, reptile, poisson ou pierre.

Aujourd'hui ne suis plus guère qu'une proie, mulot apeuré, ou cette fauvette à tête noire dans la gueule de la chatte ce matin. Inquiet. Fragile. Faisant sans cesse le fastidieux inventaire de ce qui rassure, de ce qui inquiète.

 

Ce qui rassure : le chant de certains oiseaux ; le feu apprivoisé ; les prémices du printemps ; le rire de l’enfant ; les lattes du plancher lorsqu'elles s'emboîtent bien ; la dent de Crolles bien nette à l'horizon ; la plume qui glisse sur la page ; la forêt, la montagne.

Ce qui inquiète : ces traces noires laissées par la foudre au creux du châtaignier ; l'usure du vieil hiver quand la neige devient boue ; les pleurs de l'enfant ; la douleur de l'écharde, le marteau sur l'orteil ; l'horizon barré ; l'idée qui creuse en diagonale ; la plume qui gratte ; le temps, l'enclos.

 

J'aspire pourtant à retrouver le pas sûr du sauvage. Et j'use pour y parvenir des détours sophistiqués de l'artifice − ces mots qui tracent un layon, une piste nouvelle à travers le temps, l'enclos, la forêt, la montagne.

 

20 avril 2008