Michaux parle de ce grand besoin caché de l’homme, de ce grand besoin de faiblesse… Cet avril-là  je m’en souviens comme d’un mois de paisible mise à nue, de vulnérabilité ouverte. Je me souviens des heures d’attente aux urgences de Chambéry, des larmes des gens, de la petite fille ensevelie dans les décombres du camp, et de mes premiers pas, hésitants, printaniers, à l’intérieur de ce monastère que je n’avais jamais vu que de loin et où je pénétrais avec l’idée enfin de « faire quelque chose pour être à même d’aider les autres ». Jours de ciels blancs et de menaces, jours de vulnérabilité ravivée mais acceptée, jours heureux et harmonieux au fond, jours de beauté et d’abandon, à l’image de ces fleurs de cerisier vite fanées et plus vite encore arrachées par les orages de mai…

(Le Villard, avril 2015.)