Écrire depuis la cave établit un filtre supplémentaire avec le monde extérieur. On se tient à l’écart de l’été comme un oiseau nocturne ou un moine dans sa cellule. À l’abri, dans le repli, on s’enfonce, on se tasse, on se renferme (on va d’ailleurs finir par sentir le renfermé j’en ai peur). Du dehors on ne voit plus grand-chose : un coin de ciel bleu pâle sans nuages, le toit ensoleillé du hangar des voisins (une pie, une corneille, un rougequeue pourraient encore venir y sautiller) et les feuilles des lilas qui bougent et attestent de ce que le vent continue à souffler, de ce que le monde continue à tourner. On n’entend aucun son, aucun chant, aucun appel, mais le gargouillis organique de la maison : l’eau qui passe dans les tuyaux, des coups sourds parfois, des frottements, des grattements de griffes sur la dalle du dessus…

D’ici je sens pourtant encore battre le pouls du temps. Je projette sur le mur, sur le ciel barré de noir, sur l’écran, mes images, mes mirages, mes hommages, mes orages d’anciens étés. Puis soudain je reprends le bayan et creuse à l’intérieur de la cave, une autre cave sonore, une crypte encore plus souterraine, au dedans, en dessous – et ça vibre, ça résonne, ça vit encore…

 

Le Villard, 9 juillet 2015