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GRANDE NEIGE DE MAI

 

 

Matin silencieux. N’ayant perçu en ce silence que le mutisme momentané de la pluie, et non cette chape de silence blanc qui a recouvert, à notre insu, pendant la nuit, la maison et la vallée, je reste saisi devant ce que découvre le volet déroulant de la fenêtre de toit : rien. Plus de ciel, plus de poirier. Là dehors les lilas, les bouleaux, les saules plient sous le poids de la neige, et les jeunes feuilles pendent, comme déjà brûlées. La neige tombe, la grande neige de fin mai tombe en larges flocons et recouvre le printemps. Ce paysage ne ressemble plus à rien, vraiment. On ne reconnaît pas cette saison, cet hiver en lieu et place de l’été attendu. On marche à l’envers, on s’affole, partout on ne parle que fruits et légumes gâtés, que chauffage, que saisons, et les bêtes dans leurs langages s’interrogent aussi. Seule la neige tombe avec insouciance, assurance désormais — la première neige de mai…

Au soir tombé un peu de neige est restée, comme le duvet dispersé d’un oiseau plumé par les chats. L’alignement des hauts pissenlits qui paradaient devant le hangar a été brisé, et les fleurs fermées gisent à terre tout comme les hautes herbes. Tombe une pluie froide. C’est le printemps le plus froid, dit-on, depuis 1987 : celui, donc, de mes douze ans, du Voyage au bout du rêve, de la première rencontre avec Vasca, de mon premier éveil, des premiers poèmes. C’est là un signe que je décide de juger favorable.

 

25 mai 2013