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7 ANS DE NEIGE !

 

Neige, neige et encore neige, toute la nuit et, après une accalmie ce matin, toute l'après-midi. Janvier s'achève sur le triomphe de la neige.

Je joue longuement de l'accordéon en regardant tomber la neige. Au bout d'un moment je continue à jouer sans les notes, juste avec le soufflet. Puis j'arrête. Je voudrais pouvoir improviser un vrai chant de neige, dire par la musique la joie, la tristesse, la blancheur, le silence de la neige, comme hier soir à Meylan Peirani et Portal. Je ne sais pas.

Je reste à la fenêtre. Je regarde les rares voitures remonter ou descendre lentement la route blanche, et la neige qui tombe et tombe encore. Je relis les premiers carnets du Villard et y retrouve cette même atmosphère neigeuse: c'était il y a sept ans, au moment de l'installation dans le bureau enfin terminé. Il semblerait, à relire ces lignes aussi fraîches que les traces laissées par le renard qui vient de traverser, que la neige n'a jamais cessé tomber.

Une chute de sept ans.

En ce temps-là je donnais des cours particuliers à un élève atteint d'une tumeur au cerveau. Il souffrait de violents maux de tête. Je m'inquiétais pour lui. Il y a deux jours j'ai revu son petit frère, qui est maintenant plus grand que lui ne l'était à l'époque (dieu que tout cela est confus, et remplit de confusion!), et qui m'a donné des nouvelles. Les maux de tête ont recommencé. Sept années de souffrance, donc, avec (on peut l'espérer) des accalmies (mais il suffit que le mal revienne pour que ce soit aussitôt comme s'il n'y avait jamais eu d'accalmie...).

Sur le petit autel rouge, mes disparus me regardent en souriant. Je regarde leurs sourires, leurs traits figés par la photographie ; et je regarde pour eux, puisque je peux encore le faire, l'averse de neige qui s'abat sur la vallée de plus en plus sombre, de plus en plus opaque, de plus en plus glacée.

 

31 janvier 2015

 

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.