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PIÈGE À FANTÔMES

 

Vigieoctobrefantômes

 

J’habite une chambre grise au premier étage d’un immeuble inconnu. Je ne sais ni où, ni quand. Je ne vois rien de l’extérieur. La grande fenêtre n’ouvre que sur une cour grise, un ciel gris, peut-être quelques fantômes d'arbres (le temps gris de ce mois d’octobre si peu flamboyant y est peut-être pour quelque chose). J’attends quelqu’un, semble-t-il, qui ne peut pas venir mais dont j’espère quand même la visite. Je ne verrouille pas la porte. Je m’installe face à la fenêtre et m’apprête à écrire un texte à propos de la cour grise et du ciel gris…

Soudain quelqu’un monte à pas feutré, en faisant craquer une seule marche (ainsi que le font les enfants, depuis quelque temps, qui veulent me surprendre et me faire sursauter lorsque je travaille au bureau – mais je les entends presque toujours venir). Elle ouvre la porte, et je reste saisi par cette apparition pourtant attendue. « Tu es venue ? »

Ma mère est là, souriante, un peu figée, bientôt rejointe par mon père. « Pour si peu de temps, ce n’était pas raisonnable de faire un si long déplacement, mais vous avez bien fait » car – cela je me contente de le penser – il nous reste peu de temps et il est bon d’en profiter.

Temps gris. Temps des rêves gris, pièges à fantômes, heureux quand même.

 

22 octobre 2015