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Mars. Le printemps avance, l’hiver recule, puis l’on inverse : un pas en avant pour l’hiver, deux pas en arrière pour le printemps, au rythme des claquements de queue des rouges-queues. Violence, énergie, grenouilles écrasées, chants d’amour et d'attente. On avance – on recule – on avance…

 

 


 

 

 

LA NEIGE

 

Vigiemars2017neige


« Ah bon ? »: c’est la première parole de ce premier jour de mars, quand, après une nuit vraiment mauvaise − sans doute à cause de la pénurie de thé vert qui m’a fait abuser du thé noir, ou bien par la faute des Quatre-cent coups de Truffaut revu hier soir et qui a fait remonter en vrac toute une jeunesse cinématographique, les temps poignants de la découverte du cinéma et de la lecture de la Correspondance de Truffaut, autant dire aussi toute la jeunesse de ma mère − quand, donc, après cette nuit presque blanche pendant laquelle je n’ai pourtant rien senti venir, j’ouvre le store de la fenêtre de toit et découvre qu’il a neigé.

Je retourne m'embusquer à la Cave. Ciel gris, paysage repassé d’une main molle au blanc sale, tout petits flocons papillonnant qui troublent une vision déjà bien floue. Passent une pie, un pic-épeiche, un vol de mésanges à longue queue. Passe l’hiver.

 

1er mars 2017

 


 

 

 

LE BROUILLARD

 

Vigiemars2017paysagenoir

 

En ce jour bruineux et brouillardeux j’accueille au Villard Joël Vernet et sa compagne Françoise. Fébrilité et joie – l’homme ne peut que ressembler à ses livres, chaleureux, sensible, pas poseur ni arrogant pour deux sous, mais porteur de joie et de beauté. On visite la maison de la Cave aux Combles, puis on se pose au premier pour échanger, autour d'un thé, des paysages, des parcours, des noms – celui de Jacques Bertin est rapidement prononcé, avec qui Joël et Françoise ont même partagé un repas. On parle de Syrie et de chanson, de Julien Weiss et d’Abed Azrié, de Jean Vasca. Je note à la va-vite quelques noms, quelques titres : La Maison au bord de l’Oniégo de Mariusz Wilk, Éloge des voyages insensés de Vassili Golovanov, qui seront mes prochaines lectures (et je me souviens qu’il fût un temps où les noms de Bouvier, Follain, Abraham… ou Vernet m’étaient tout à fait inconnus, et qu’il a fallu à chaque fois un passeur pour me les faire découvrir).

Françoise, installée depuis des lustres non loin du massif tellement sombre et forestier de la Chartreuse (et que j’aime tant justement parce qu’il est sombre et forestier), n’aime pas beaucoup le froid humide de la région : quand elle n'exercera plus son métier de psychologue à Chambéry, elle quittera la Savoie pour un climat plus chaud et plus sec ; nous partons néanmoins marcher dans l’air froid et trempé de ce tout début mars encore hivernal (mais les grenouilles rousses écrasées sur le bitume rappellent que le printemps est là), descendons jusqu’au Gelon, remontons jusqu’au Pic de l’Huile. Les Bauges enneigés se découvrent un peu, puis une brume fine éclairée par le soleil gagne les champs jaunes – et l’on parle de Jean-Pierre Chambon, de Tout venant et du brouillard, on parle de quelques passants magnifiques et de quelques imposteurs notoires.

Je ne sais plus comment, sur le chemin du retour, dans une portion de la route particulièrement humide, la conversation en est venue à Philippe Jaccottet, au silence des dernières années de Jaccottet, qui me trouble tant (peut-être bêtement). Plus rien dire, vraiment, parce que tout a été dit de Grignan et de ses alentours ? C’est possible – j’imagine que je pourrais difficilement réécrire plusieurs fois La Route ordinaire (encore que j’aie déjà dans l’idée d’en écrire une suite, dans vingt ans, lorsque j’arriverai à la retraite, si par chance ou pas je travaille encore au collège d’Allevard) ; un champ trop petit ne nourrit pas éternellement ; et puis, l’âge, le grand âge, l’usure… (N’empêche, ce silence continue à m’obséder : au retour, j’écris finalement cette lettre mille fois commencée, jamais terminée et jamais envoyée, à Philippe Jaccottet, que j’ose lui poster enfin malgré ses bientôt quatre-vingt-douze ans qui devraient le mettre à l’abri de tous les importuns, aussi bien intentionnés soient-ils…)

Douce, finalement, fut cette balade dans la brume et la bruine, et notre petite Vallée s’en est trouvée agrandie.

 

2 mars 2017

 


 

 

 

LE VENT

 

Vigiemars2017vent

 

Toute la nuit le vent souffle en bourrasques inhabituellement violentes. Je me lève pour raccrocher le volet, lit un moment pendant que le vent continue à siffler, puis me rendors et rêve d’un grand appartement lumineux dans lequel ma mère et mon père s’installent. Clément court autour d’elle, Clément tel qu’il est aujourd’hui et tel qu’elle ne l’aura jamais vu. Elle, est radieuse, insouciante de sa disparition qu’on sait proche ; elle parle du futur, de ce qu’elle fera quand elle aura quatre-vingts ans – mais je sais, moi, qu’elle aura à jamais septante ans tout rond, pas une année de plus, et je me détourne pour cacher mes larmes.

Le soir tombe. On regarde passer à la fenêtre des girafes, des zèbres, des gnous, car cet appartement donne sur une vaste savane (j’ai habité bien des demeures dans mes rêves, souvent au bord de l’océan, mais encore jamais au bord d'une savane). Au matin elle est morte et l’on vide l’appartement de tous les objets, de toutes les images rappelant sa présence. Les rafales sont plus rares. Trois chaises ont été emportées dans le jardin, quelques babioles, mais il n’y a pas de dégâts visibles ; puis la pluie succède au vent.

3 mars 2017

 


 

 

 

LA MORT À VENISE

 

Vigiemars2017DirkBogarde

 

Je poursuis mon voyage mémoriel et cinématographique en projetant Mort à Venise, que je n’ai pas revu depuis des lustres. Je me souviens de la première fois, lorsqu’âgé de quinze ou seize ans j’avais profité d’une intégrale Visconti au cinéma Curial de Chambéry pour voir tous les films du réalisateur : c’est ainsi que j’ai connu Antonioni, Cassavetes, quelques autres, et le souvenir de tous les films découverts dans des conditions aussi favorables est resté si profondément gravé en moi que j’ai parfois refusé de les revoir ensuite, tant j’avais peur d’être déçu par mon incapacité à retrouver la fraîcheur, la disponibilité, l’étonnement de cette première fois.

 

La première fois de Mort à Venise, je ne cesserai de m’en souvenir pendant cette dispensable projection privée qui n’aura fait, autant l’avouer tout de suite, que retourner des cendres froides.

Je me souviens avoir fondu en larmes dès les premières notes de l’adagietto de la 5ème Symphonie de Mahler que je ne connaissais pas − larmes sans raison, liées à aucune histoire (on ne voyait encore à l’écran que du brouillard, de la fumée, à peine un bateau ; il faut dire, il faut croire que les fins de partie magnifiques me parlaient déjà clairement). Je me souviens de la gondole noire du nautonier, de l’usure du voyage, de la pestilence et de la magnificence de Venise ; je me souviens en même temps du dernier voyage que nous y avions fait avec ma mère, et de notre longue et vaine recherche du Grand Hôtel des Bains (de ce qu'il en restait encore) devant lequel nous étions passés dès notre arrivée au lido, mais que je n’avais pas reconnu parce que quarante ans s'étaient écoulés depuis le tournage du film et que les arbres avaient poussé entre l'hôtel et la mer. Je me souviens de mon malaise lorsque l’affreux chanteur roux chante à la face du vieux musicien sa rengaine vulgaire, et de la joie avec laquelle Aschenbach, après s’être échappé de Venise, profite d’un incident pour y revenir au plus vite.

J’aimais la lenteur, les détails, le luxe de l'hôtel, et plus encore la musique de Mahler et la chanson russe tellement triste qui accompagne le final sur la plage désertée. J’aimais ces jeux de regards à travers les vitres ou le miroir de l’eau, et cette façon qu'avait le musicien de s'attabler non pour écrire, composer, manger ou lire le journal mais pour regarder, pour regarder de loin la beauté inatteignable qui mettait son art en échec tout en en révélant assez cruellement l'ultime horizon. L'art met à mort l'individu, qui ne vit pas, qui ne vit plus que dans le vertige et la vérité du « trop tard » – à cet égard la quête finale d'Aschenbach grimé avait quelque chose de proprement pathétique. Il importait que la distance demeure infranchissable, que l'on ressente à la fois l'espoir fou du franchissement et son impossibilité, autrement dit que l’ange exterminateur de l’histoire soit à la fois individualisé et anonyme, se résumant au bout du compte à cette silhouette indistincte que contemple le musicien mourant. Pas plus que Tirésia de Bonnello n’est un film sur l’hermaphrodisme ou Nocturama du même Bonnello un film sur le terrorisme, Mort à Venise n’est un film « sur la pédérastie » (même si la passion du musicien pour l'éphèbe n'est pas purement esthétique – disons, pour jouer un peu sur les mots, qu'elle l'est « impurement », parce que l'eros fait plus qu'y rôder, comme c'est d'ailleurs le cas dans toute création artistique faisant la part belle à la sensibilité et aux sens). De la pédérastie, Thomas Mann et Visconti exploitent métaphoriquement certains traits : avec une autre métaphore le film serait moins troublant, moins dérangeant, et en tout cas d’une tonalité différente ; mais se focaliser sur la métaphore est un moyen assez sûr de passer à côté d'un film qui ne parle que de l'art dans son rapport au temps et à la beauté.

 

Aujourd’hui, cependant, le temps a passé et je ne retrouve pas l’émotion d’antan. Les discours, les flashbacks me semblent superflus, et les poses figées. J’analyse des plans et regarde mon passé sans me laisser toucher – sauf, à l'improviste, par la musique. Je prends alors l’accordéon et redécouvre note après note, accord après accord, la partition de cet adagietto trop connu, et je m’étonne qu’on puisse, à partir de simples arpèges fa-la-do (il est vrai renversés et modulés de manière assez sophistiquée) parvenir à une telle richesse expressive. La mélodie ne cesse de vaciller, comme si elle peinait à aller de l’avant, menacée de s’enliser dans des harmoniques douloureuses, douteuses, dissonantes, mais s’en extirpant néanmoins à chaque accord, comme une barque arrachée aux ronces d’un chenal trop étroit, pour frôler la félicité tremblante de la tonique ; jouer un simple « fa » (dont j'avais déjà à plusieurs reprises remarqué la vibration particulière) après être passé par tous les entrelacs de cette partition devient alors une expérience plus touchante que de revoir le film.

 

4 mars 2017

 


 

 

 

LA ROUTE ILLISIBLE

 

Vigieroutemars2017

 

Comme souvent, comme toujours à cette époque de l'année, l'hiver momentanément revient. Sur la route de retour le vent a abattu un container de tri, plusieurs stèles funéraires du petit cimetière de La Chapelle du Bard ainsi qu’un arbre qui bloque le passage et m’oblige à faire demi-tour. Au matin tout est blanc. La nostalgie de la « route ordinaire » − je veux dire de l'époque encore proche où j'écrivais en roulant le livre de la route − me revient, et me pousse à reprendre le dictaphone et l'appareil photo.

Je pourrais reparler de l'hiver en le personnifiant, des obstacles, des flammes sans fumée de la haie de têtards, et même comparer la route à un « lit réfrigérant » à cause des crapauds écrasés qui gisent, pris dans le givre − mais j’ai déjà dit tout cela : à quoi bon le redire ?

À quoi bon redire ? C’est probablement, au fond, et tout simplement, ce qui fait que Philippe Jaccottet n’écrit plus. Pas de quoi en faire un drame. On peut vivre sans dire. Quel dommage !

En attendant je roule encore, je parle encore, il neige encore. Au-dessus de la forêt d’un acajou sans lustre, les sommets enneigés semblent des palais. Le printemps avorton fait triste mine : c’est l’hiver qui est jeune et gracieux ! Hier les gens de l'équipement ont bien travaillé, et l’on passe à nouveau sur un lit de sciure balisé de rubans colorés. La route de Beauvoir reste coupée. L'avis de recherche du perroquet perdu au mois de juin dernier est à présent tout à fait illisible.

La route brouillée par la tempête et que je ne lisais plus, n'ayant plus à écrire, est illisible.


7 mars 2017

 


 

 

 

L'ENTRAÎNEMENT

 

Tous les bruits ordinaires, toutes les conversations de la maison, je les perçois à travers un brouillard de douleur et de fièvre. La vie se déroule comme en mon absence. De l'autre côté de la fenêtre au rideau tiré, j'entends la clameur des passereaux : gazouilli très aigu des mésanges à longue queue, cris des rouges-queues. À travers mes paupières fermées je perçois quand même la lumière du soleil qui frappe la baie vitrée. Dehors c'est le printemps. Les enfants sont en grande conversation à propos de la mythologie grecque ; ils cherchent le nom et le nombre de têtes du dragon qui garde la Toison d'or. Nathalie s'affaire, la chienne la suit en haletant et en frappant de ses vieilles griffes les lauzes du salon. J'avais un travail fou et cela m'inquiétait ; déjà je me disais que la journée serait trop courte pour accomplir toutes ces tâches tellement urgentes. Je m'étais levé tôt pour commencer par faire ma séance d'accordéon. La douleur qui m'a tordu le ventre a mis fin à tout cela : cette journée, je la passe allongée, à somnoler, à dormir, à rêver.
 
Dans ce rêve-ci j'ai les cheveux tout blancs. Dans ce rêve-là j'ai quinze ans et je pars en vacances. Dans ce rêve c'est l'hiver, dans celui-ci c'est le printemps. Je remercie la fièvre pour ce joli voyage. Quand je n'ai pas trop mal, je peux même savourer ce temps de liberté, ce temps sacré de la maladie. Je pense à celles et à ceux pour qui savourer est impossible parce que ce n'est pas une petite mais une grande maladie qui les a jetés au sol, et qu'ils souffrent sans autre perspective que de souffrir encore davantage, avec la peur de laisser derrière eux ceux qu'ils aiment et qui ont besoin d'eux. Je n'en suis pas du tout là mais quand même, discrètement, je m'entraîne.
 
12 mars 2017
 
 

 

 

 

TOUT CE QUI VIBRE

 

Vigiemars2017lilas

 

Je suis assis au bureau de la Cave pendant que Léo joue la « Chaconne » de Pachelbel – celle-là même que j’ai tant jouée, qui fut mon premier véritable morceau, parce qu’il est harmoniquement superbe et parce qu'il accompagnait avec toute la gravité requise le deuil de ma mère.

Toute la pièce est pleine des vibrations de l’accordéon de Léo, totalement absorbé par sa tâche. Hier, pour la première fois, peut-être inspiré par ce qu’en disait Léa, la fille hautboïste de Joël Vernet, et le bonheur si évident qui émanait d’elle pendant leur lecture musicale, il a estimé qu’il pourrait faire de la musique son métier (préoccupation trop précoce et qui n’est pas un rêve parental, mais on sait à quel point ces vocations se décident tôt).

Dehors c’est tout le printemps qui vibre. Les rouges-queues se poursuivent bruyamment sur le toit de la grange – les femelles ont donc rejoint les mâles. Les feuilles percent les lilas, les forsythias ont jauni. On sent décidément que la mer gelée craque.

Au courrier l’enveloppe espérée, postée de Grignan – et désormais la carte trône devant moi, dans laquelle Philippe Jaccottet me présente ses vœux « un peu tremblotants » et, en réponse à mes inquiétudes, se dit « en effet plutôt démuni et réduit au silence – sans m’en désoler mais sans plaisir bien sûr ». Je pense très fort à lui en commençant à écrire une « Lettre ouverte aux quatre vents » dont Joël m’a soufflé hier, à la médiathèque de Chambéry, l’envie et l’idée.

Dans le cocon de la médiathèque le hautbois sonne bien, qui traduit avec une grâce aérienne les paroles du poète et nous déporte loin vers l’est, vers le passé, dans le présent. Doris Jakubec évoque Philippe Jaccottet, Nicolas Bouvier et Joël Vernet promu écrivain suisse (mais tous les écrivains avec lesquels je me sens des affinités sont suisses, ou japonais, à la manière de Dany Laferrière se disant écrivain japonais, avec ce que cela suppose de sensibilité au temps et au monde…).

Les rencontres, la poésie, la musique, les bruissements du monde en mars et la voix de Léo qui récite à présent un poème de notre lecture tout en jouant Solotare : tout ce qui vibre et qui rend à cette vie « promise au grand large » toute l’ampleur qui lui revient.

 

19 mars 2017

 


 

 

 

LA FOUGÈRE FIN MARS

 

Vigiemars2017fougere

  

Matin de mars : une incroyable lumière, ni agressive ni éblouissante mais rassérénante et fraîche, déborde des crêtes comme les eaux blanches d’un barrage en période de crue, ruisselle sur les bouleaux et les saules qui verdissaient à peine, fait fleurir avant l'heure le prunier et frappe la fenêtre des combles sur laquelle, pendant la nuit, s'est épanouie une grande fougère de givre qui à présent se déforme et s’efface.

Toute cette lumière, et la fougère si vite effacée : naturellement, je ne peux pas m'empêcher d’y voir une sorte de signe, signe d’au revoir d'une main sans corps, d'un hiver trop rapide, d'un printemps sans visage. « L'adieu » serait « un signe », comme l’écrit joliment Joël Vernet ?

Même n'écrivant pas, je poursuis mentalement cette « lettre ouverte aux quatre vents » commencée l'autre jour. Je rassemble les signes, les citations, les traces. Je ressasse, je relis, je réécoute :

« Où êtes-vous ma nomade, où êtes-vous à présent ? Avec votre âme nomade, vous voyagez dans le temps… » (Barbara)

« Je te parle durement, ma mère : je parle durement aux morts parce qu’il faut leur parler dur, debout sur des toits glissants, les deux mains en porte-voix et sur un ton courroucé, pour dominer le silence assourdissant qui voudrait nous séparer, nous les morts et les vivants. » (Supervielle)

etc.

Tous ces poèmes, toutes ces chansons adressées aux absents, comme on le fait dans les discours d'enterrement ou quand on écrit une lettre, en sachant simplement cette fois, mais comment y croire, que le destinataire ne nous entendra et ne nous lira plus jamais. On s'illusionne à bon compte, comme l'enfant qui fait parler ses jouets. On projette sur un monde muet nos besoins de parole. Le monde : marionnette pour poète endeuillé ; et mettre les mains en porte-voix, hausser le ton ou murmurer, au bout du compte revient au même.

Je sens bien pourtant, je sens néanmoins que ce printemps qui revient, ce mois d'avril bientôt qui point, qui me poigne, me parle, me fait parler, me fait pleurer parce qu'il est nimbé du souvenir d'elle qui n’est plus là, des souvenirs de ces autres mois d'avril où il était encore possible de parler à quelqu'un, de lui parler – et ce sentiment-là noue avec la terre lointaine, la lumière distante, le monde muet, un lien profond, ténu, têtu et solide comme soie d’araignée puisque tressé d’absence.

Paroles de plus jetées aux quatre vents, vite écrites, vite lues, effacées vite comme la fougère du givre sur la vitre fin mars.

 

Vigiemars2017lumiere

 

27 mars 2017

 

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.

 

14/03/2017 - Maison de la Poésie Rhône-Alpes