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Tempête dans un poirier

 

 

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Le vent et la pluie ont fouetté, arraché, dispersé les fleurs, et le jardin semble le parvis d’une église juste après un mariage. Le blanc reste accroché aux crêtes, aux collines en face, au plumage des pies.

 

La neige d’avril a eu raison de deux branches du mirabellier : en cette année de grande floraison l’arbre dépenaillé sera moins beau et donnera moins de fruits; la plus grande confusion règne chez les saules têtards, plus ébouriffés que jamais et qui ont perdu quelques branches laissées imprudemment longues ; mais le plus marquant reste le bouleversement sans précédent survenu au faite du poirier.

 

Dieu sait si, depuis dix ans, je les ai photographiées et commentées, ces cinq branchettes auxquelles je donnais une dimension symbolique autant qu’esthétique car elles traçaient, juste devant ma fenêtre, le dessin harmonieux d’une main, d’un éventail, ou la ramure de quelque cerf pariétal lorsque le brouillard ou le givre venaient les effacer en partie ; or, le dessin est désormais méconnaissable : une bouche de dragon avaleur de nuages ? un « triangle hirondelle ouvrant sur l’infini » ? Il faudra bien s’y faire, et cet appauvrissement de mon champ de vision n’est après tout qu’un prélude au triste moment où il faudra abattre le vieil arbre…

 

Le printemps cependant poursuit son mouvement, recouvrant les collines de l’habituel patchwork de verts tendres et de halos.