On trouvera ici les traces de quelques attentes, de quelques moments perdus qu'on a tenté de sauver dans des salles d'attente.

C'est un peu lâche, cette manière d'essayer de transformer en quelque chose de quand même utile (voire littérairement exploitable) jusqu'aux moments les plus morts de l'existence ; on peut légitimement y lire la peur du temps, partout à l'œuvre, et qui n'a rien de bien glorieux (j'envie ces auteurs qui estiment, en tout cas publiquement, que la mort ne les concerne en rien parce qu'ils ont lu les Stoïciens ; je les envie, parfois, tout en me disant que la morale stoïcienne est née de la nécessité d'affronter des temps incroyablement durs et que se réfugier derrière une citation sans avoir traversé la moindre épreuve est facile...).

C'est très courageux, cette manie de tenter de voir même quand il n'y a plus grand chose à voir ! Je suppose et j'espère que cette rubrique, un jour ou l'autre, s'étoffera bien plus qu'aujourd'hui (cela signifiera peut-être qu'il m'aura été donné de vivre assez vieux); puissé-je alors, embusqué à la fenêtre close de la chambre d'hôpital, de la maison de retraite ou de je ne sais quel lieu de claustration, continuer à guetter, à écrire, à vivre jusqu'au bout ce qui nous est donné à vivre.

 

Le Villard de La Table, 12 août 2015