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PREMIER JOUR D’HIVER

 

  

Cette fois, nous y sommes : novembre, cette grisaille trempée, ces arbres enfin dépouillés. C'est presque un soulagement. Le chat noir ne semble pas encore avoir véritablement pris la mesure du changement, qui est resté au même endroit, embusqué au milieu du champ sous la pluie.

Nuages accrochés au long de Bramefarine, corneille ébouriffée recroquevillée dans ses plumes, troncs noirs entassés devant la scierie, et on traverse un nuage. Les ornières débordent d'une eau lourde, brune, bouillonnante, chargée de feuilles et de terre.

Long silence. On roule machinalement, on écoute le crépitement de la pluie. Ce n'est pas seulement l'attention qui se perd un peu. Quelque chose s'endort doucement. Il y a de l'ours et de la marmotte assoupis dans l'air. Quelque chose se replie, se resserre, mais sans crispation. On entre dans les faubourgs de ses quartiers d'hiver. On se dit que la route demain sera sous la neige, et qu'on préférerait ne pas avoir à sortir. À mesure qu'on remonte la vallée on constate sans étonnement que le thermomètre descend. L'impact des gouttes fait des cercles plus larges, c'est de la neige fondue.

 

21 novembre 2012