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 PREMIÈRE NEIGE

 

 

Première neige, nouvelle neige, on roule sur la neige. Route mauvaise, glissante, recouverte d'une neige déjà salie par les quelques passages matinaux. Le moindre virage provoque l'inquiétude, et cela ne manque pas, ici, les virages.

Première neige, nouvelle neige. On roule sous la neige. Il neige. Il neige à gros flocons drus. La forêt, les villages, tout le paysage est aujourd'hui méconnaissable. Ne pas freiner. Le panneau qui indique un passage particulièrement verglacé est tout à fait illisible, recouvert par la neige. Mais les traces zigzagantes des prédécesseurs plus matinaux que moi le remplacent. On roule très lentement à travers cette forêt spectrale, avec en écho sur l'arrière comme un bruit de sillage. On arrive au fond de la combe, au lieu le plus humide : ce matin transi, la lumière est éclairée devant la maison. Plus loin en contrebas la neige est peu épaisse, laissant apparaître encore l'herbe et les feuilles. La route est dégagée. Paysage de fin novembre, assez navrant. Un air de fête cependant encore à ce bosquet de mélèzes.

En plaine l'averse de neige n'est plus qu'une lourde averse de pluie. Horizon bouché, brouillard, montagne absolument invisible, espace rétréci. Cette parole elle-même pesante n'ouvre ici aucune brèche. La buée aussi rétrécit le champ de vision, bientôt on n'y verra plus rien. Pour la première fois la traversée de ce champ, le long de cette ligne droite, évoque véritablement un voyage en bateau. Silhouette petite penchée sous son parapluie. Le collège aux toits blancs. Conduite sous la neige.

 

23 novembre 2012

 

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.