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ROUTES BARRÉES

 

 

 

Depuis hier les premiers coups de feu de loin en loin déchirent la paix du paysage. À chaque déflagration (elles sont heureusement assez rares) on sursaute, on tourne son regard vers les bois en fronçant les sourcils, d’instinct on se tapit un peu. On partage l’inquiétude des bêtes.

Tout le tiers inférieur des saules têtards est maintenant gagné par le feu des branches apparentes. En contrebas du grand champ aux cerfs les tracteurs ont fait une saignée qui laisse un large trou dans la forêt et la terre, qui est comme brûlée elle aussi, semble couleur rouille (me reviennent en mémoire les images de la forêt guyanaise, et ce rouge orangé de la latérite). Le soleil cependant poursuit sa course imperturbable.

Soudain la route barrée me déconcerte. Je sais qu'une partie de la chaussée s'est effondrée un peu plus loin, mais elle était jusqu'à présent praticable. Je m'arrête. J'hésite. Je tourne au mauvais moment et me fais klaxonner par une voiture dont j'ai failli couper la trajectoire. Je m'engage, passe quand même, jusqu’à ce qu’un ouvrier m'arrête : la route est bel et bien fermée jusqu'à midi, on va y répandre comme ailleurs des gravillons, et il faut emprunter un autre itinéraire. Je savoure donc l'inattendu d'une très belle et inhabituelle montée en plein soleil avec les Grands Moulins de face.

Les arbres fruitiers, les champs, la montagne, le vieux cimetière, le clocher, la route et moi-même sommes baignés par cette lumière de fin septembre, sans éclat mais pas sans intensité, chaleureuse et (on peut le sentir même en cette heure matinale) déjà déclinante.

 

15 septembre 2014