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SOLEILS DE FACE

 

 

La route en avril : vite parcourue. Soleils vifs sur la chaussée ou dans le ciel, soleils vite éteints. La débâcle aussi emporte tout. Beauté fugace. Ça tourne. Ça tourne en tout sens. Ça tourne la tête. Virage, tournis, petit vertige. Et la lune aussi tourne et pâlit. Soudain il faut piler à cause de travaux d'élagage signalés un peu tard. La brutalité du geste fait battre les couleurs. On pense à l'accident, à cette voiture sans permis qui a roulé hier dans un fossé, et on suppose que son conducteur a dû avoir bien peur et bien mal (on lui souhaite de s'en être sorti). 

Prunier en fleurs, fastueux. Sous-bois inondés. Petit chemin. L'ancien hôtel d'Arvillard à l'abandon depuis des lustres est en réfection; le jour passe à travers les fenêtres sans huisseries. Sur la place du bourg on reconstruit aussi. Les ouvriers de la D.D.E. discutent avant de reprendre le travail ; ils ont creusé à nouveau la route, il faut être prudent ; l'un d'eux me fait signe, en souriant, de ralentir : salut cordial, bon travail. (Lorsque je reprendrai cette route dans plus de deux semaines, les travaux seront terminés.) 

Il y a ici, un peu avant la Chapelle, deux arbres côte à côte qui sont comme le soleil et la lune : l'un est jaune, couleur de lichen brûlé ; l'autre d'un vert très léger, couleur froide des jeunes feuilles. Cela bien sûr ne durera pas. 

Croisé aussi en chemin Léna et Lucas qui me saluent, que je salue, et à travers ces gestes c'est un peu comme si c'était toute la vallée, le bourg, les champs et cette route d'avril qui me saluaient et que je saluais. Un peu plus loin voici Valentin qui marche vers le collège, en tenue estivale malgré la température proche de zéro : sa manière à lui, je suppose, d'anticiper sur les beaux jours. Il se dit, on se dit, qu’il fera doux tout à l'heure et que ce sera une belle journée. Déjà on plisse les paupières, à cause de ce grand soleil de face…

 

9 avril 2015