La tache orange

La tache orange aussitôt proclame la fin d’une promenade qui ne faisait que commencer. Je m’en doutais, j’avais entendu les coups de feu, mais la voici tout près de là où l’on rencontre les chevreuils. Naturellement je m’inquiète pour eux. Qu’est-ce qui va se passer si la mère est tuée ? J’espère qu’ils sont bien cachés, mais comment échapper aux chiens ?
Je sais que ce chasseur et les autres ne sont pas des ennemis, et que j’aurais même probablement du plaisir à échanger avec lui. Il est en lien avec le lieu et ses habitants non-humains, et va simplement passer quelques heures assis ici finalement sans tirer un seul coup de fusil (je l’espère). Malgré le plomb dispersé dans les prés et les bois dont on se passerait bien, la chasse n’est pas le pire, si l’on pense aux horreurs de l’abattage et à la pollution de l’agriculture industrielle. Mais quand j’entends résonner les coups de feu des auto-proclamés « gestionnaires et protecteurs de la nature », tout en moi me dit que ce n’est pas ça, que ça ne va pas, que le lien n’est pas le bon, qu’on ne doit pas, qu’on ne devrait pas tirer sur son prochain quadrupède quand on peut s’en passer, qu’il vaut mieux laisser faire les loups et les lynx si l’on estime que les ongulés doivent être « régulés ».
Les chiens sont dépités, je les console comme je peux : allez, ne vous inquiétez pas, on ressortira plus tard.
19/12/24


