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DANS LE T.E.R. DE L'HIVER

(Pontcharra-Grenoble)

 

 

 TER Grenoble Chambéry 260119

 

 

Sur le quai de la gare, le même platane ouvert, avec son gros tronc tordu et troué comme un bâillement de caïman. On piétine dans le froid, on souffle sur ses doigts.

 

Dans le wagon vide, la même béance, la même vacance qu’on jugulait naguère en vacances, en partance, en partant.

 

À flanc de falaise, le même soleil d’hiver répercutant l’appel de la lumière et de l’errance, qui soulève le cœur.

 

À la fenêtre de gauche l’enfant, le menton sur la paume, regarde le soleil, la falaise, l’alignement des arbres nus, les chantiers, les lotissements gris. Peut-être il ne pense pas, ne pense à rien, ou bien pense que le jour où il lui faudra continuer seul se rapproche et que la vie, quel ennui, est pleine de lotissements gris.

 

À la fenêtre de droite l’enfant, la joue contre sur la grille du radiateur, regarde le grand soleil de face qui fait ressortir toutes les traces, regarde dans le vague les traits abstraits du paysage ferroviaire. Il baille, s’étire, se détourne, puis reprend sa posture de chat posé à la fenêtre qui n’attend rien et guette tout.

 

Montagnes blanches sur fond bleu pâle. Petits cubes dans l’ombre à l’approche de Gières, où des palmiers déprimés attendent le printemps – à l’instar peut-être de ce Noir qui, assis sur le banc du quai, les deux mains bien posées sur les cuisses, fixe sur le grand soleil froid un regard sévère ou ébloui.

 

Ces immeubles, dans la plaine, partout – tous ces bateaux pire qu’échoués, jamais partis, et qui ne partiront jamais ! Nous, partons, passagers muets du vieux TER de l’hiver, nous repartons en voyage, en vacance, tant pis pour la béance, en route pour le Caire, la vie éternelle, Kyôtô, Sapporo, la sente étroite du Nord profond, ou Grenoble…

 

Pontcharra-Grenoble, 26 janvier 2019