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 LES ENFANTS D’IZIEU

 

 

Quinze heures trente, cinq degrés, je rentre d’Allevard sous une pluie battante. Peut-être là-haut neigera-t-il ? Les nuages s'accrochent au flanc flou de Bramefarine. Brouillard. Cela ressemble à une fuite.

 

J'ai accompagné aujourd'hui une sortie scolaire au mémorial d’Izieu. La visite d'un mémorial tel que celui d'Izieu semble a priori peu compatible avec la légèreté et l'insouciance des adolescents en sortie… On se laisse néanmoins assez facilement gagner par l'émotion. Ces visages d'enfants qu'on voit affichés sur les murs semblent de plus en plus familiers. On lit sur un bulletin scolaire : « C'est très encourageant, tu devrais faire de bonnes études ! » Ou bien, sur une lettre d'enfant : « J'aurais voulu rester encore un peu avec toi, maman ». Est-ce qu'on peut seulement imaginer la souffrance de cette mère chargée de trier les vêtements à Auschwitz, et qui découvre soudain entre ses mains le pull qu’elle avait tricoté à son enfant ?

 

Et puis, tout cela se perd dans le brouillard. On pense à ses propres enfants. Comment est-ce qu'on peut faire du mal à un enfant ? Comment est-ce qu'on peut faire du mal à un être humain ? Comment est-ce qu'on peut faire du mal à un être vivant ? Comment est-ce qu'on peut faire du mal ? Et cette question du mal, à l’image de cet hiver déjà finissant et jamais commencé, continue de flotter dans l'air comme un malaise.

  

 17 janvier 2014

 

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.