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Vigieoctobre2009

 

 


 

 

 

LES FENÊTRES

 

 

L'automne avance, fonce, défile et pâlit à vue d'œil, gagnant un peu plus de terrain à chaque averse, chaque bourrasque, chaque nuit.

À la maison on change les vieilles fenêtres aux croisillons usés et tout paraît plus net, plus clair, plus spacieux ; que n’est-il aussi simple de lever les voiles qui obscurcissent l'esprit !

Herbe verte, sol jonché de feuilles, drapeaux de prière pendant misérablement après l'averse, crêtes roussies.

L’enfant s'endort dans la grande douceur, la quiétude, la confiance de ce qui est sans doute son âge d'or.

Ici on tente de s'exercer à la vigilance, malgré la faiblesse, la paresse, la distraction. On s'efforce de ne plus s’efforcer, on flirte avec le lâcher prise. Parfois on se retrouve feuille pourrissant sur le sol ou drapeau défait ; parfois, geai qui traverse le ciel : ce n'est pas la même façon de disparaître, pas du tout !

 

7 octobre 2009

 


 

 

 

LA VIOLENCE

 

 

Dans le parking du supermarché la mère crie après son petit garçon, quatre ou cinq ans à peine. Elle crie, elle ne peut plus s’arrêter, en proie à une colère continue qui l’aveugle totalement. Son petit garçon pleure. Il veut absolument porter lui-même un filet plein de petites boules de graisse pour oiseaux, contre l'avis de sa mère. Le filet s'ouvre, les boules roulent sur le bitume. La mère crie encore plus fort, avec une sorte de satisfaction sinistre : « Tu vois, je te l'avais bien dit, t'as qu'à te débrouiller maintenant ! » − et, sans plus se retourner, elle poursuit son chemin en laissant là l'enfant. Celui-ci implore : « Attends-moi, maman ! » Il essaie de ramasser les boules de graisse, n'y arrive pas, pleure, les ramasse quand même en cherchant sous les voitures, et court pour rejoindre sa mère.

Comment peut-on à ce point se murer, oublier son bon cœur et faire souffrir son enfant ?

Dans les années qui ont suivi j'ai très souvent raconté cette histoire. Je me rends compte que je l'ai peu à peu déformée, transformant les petites boules de graisse pour oiseaux en oranges (peut-être parce que je trouvais belle l’image des oranges roulant sur la chaussée, ou bien par rapprochement inconscient avec cette scène du Temple du soleil dans laquelle des brutes violentent un jeune vendeur d’oranges, avant que Tintin n’intervienne – et sans doute aurais-je bien voulu, comme Tintin, intervenir alors auprès de cette mère si peu aimante…). Le caractère inutile, dérisoire, enfantin de ces petites boules de graisse, qui disent aussi quelque chose de la tendresse de l'enfant, rend l'histoire encore plus poignante. Il est bon de prendre note, cela permet en quelque sorte un retour au texte d'origine !

12 octobre 2009

 


 

 

 

PREMIÈRES GELÉES

 

 

Premières gelées, on gratte le pare-brise opaque et on claque doucement des dents dans l'air froid. Le soleil ne suffira pas à réchauffer la campagne. Il faut songer maintenant à ramasser les kiwis, les framboises.

 

*

 

Ciel gris toute la journée et le thermomètre ne décolle pas du zéro. Dans la tiédeur du bureau je reste assis un long moment. Une certaine quiétude, sans larmes.

 

*

 

Nuit calme. Hier, une grosse tempête d'automne a fait voltiger à perte de vue des milliers de feuilles.

Nuit calme maintenant, sans pluie, sans bruit. Valpelouse les Grands Moulins sont déjà dans la neige et l'on file peu à peu vers l'hiver.

Nuit calme. Demain Léo aura trois ans. Comme tout passe vite !

 

13, 15 et 22 octobre 2009

 


 

 

 

LÂCHER-PRISE

 

 

Clarté ouverte

soleil et bruine

même les arbres

ont lâché prise

brassées de feuilles

jetées au gré

du vent d’automne

sans nul regret.

 

Au soir tombé je revêts l’habit blanc pour une soirée d'études, d'écoute, de silence. La musique du silence : le rythme obsédant du sitar et des percussions indiennes ou le tic-tac de l'horloge. Les livres, des fascicules de l'université Rimay-Nalanda. La bougie allumée devant l'autel et puis le chat pour compagnon.

Hier, superbe journée d'automne. Sommes partis en famille marcher dans les prés, ramasser les coulemelles. Instants précieux.

Ce matin, joué longtemps avec Léo. Puis la solitude paisible, la lasure à passer d'urgence sur les nouvelles fenêtres, des heures durant, avant l'hiver. Nath et Léo partis à Chambéry, tout résonne différemment. Je ne pense plus. Je passe le pinceau. Je respire. Ça respire. Ça bat, ça pulse, ça palpite, ça va et ça vient entre la vitre, le ciel bleu, le soleil d'automne. Ça vit.

 

25 et 27 octobre 2009

 

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.