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AVERSES EN AOÛT

 

 

 

La pluie, toute la nuit et aujourd’hui encore, interminablement. Ce crépitement sur la fenêtre du toit, qu’accompagnent le tintement désordonné des clarines et le bruissement du vent dans les bouleaux défaits. L’été s’achève sans avoir vraiment commencé, on voit déjà les premières feuilles jaunes et ce brouillard dont on ne sort plus annonce novembre. Un oisillon qui aurait raté son envol – été sans envols, sans aucun des envols espérés. On n’en finirait plus de faire la liste des escapades qu’on avait imaginées et qu’on n’aura pas faites.

Tout de même, hier, avons profité de la venue d’amies chères pour retourner à l’Orgère. Repas presque sans tristesse autour de la fondue, malgré l’absente. Marche sous un ciel voilé – et finalement, la pluie. Les parfums des rhododendrons en étaient encore plus capiteux, presque asphyxiants, et l’air plus piquant que jamais. Peu de marmottes, un chamois à la robe très clair, très estivale, qui était descendu tout au fond de la combe l’a remontée à grands bons spectaculaires. Bolets d’un jaune vif dans le sous-bois de plus en plus sombre. Retour sous l’averse.
 
Rêvé cette nuit que je décidais de tout quitter, famille, métier, pour revenir m’installer seul dans l’ancien appartement de Chambéry-le-Haut et ne plus me consacrer qu’à l’écriture (cette décision brutale contrariait fort ma mère, qui pleurait). L’écriture associée à ce lieu apparaît ainsi comme une sorte de fuite ou de refuge, ce qu’en effet elle peut être, en partie seulement. Peut-être aussi un de ces « faux Self » qu’évoque  Winnicott, une sorte de protection permettant le maintien et l’expression du « vrai Self » ? Il semble désormais inutile de revenir sur cette question d’écrire ou de ne pas écrire, d’entretenir l’illusion qu’arracher ce voile de l’écriture mènerait à une vision plus claire, à un plus net dégagement dans le rapport à la « réalité ». Arracher cette peau-là, c’est s’arracher la peau et n’atteindre qu’une réalité invivable, écorchée. Ma seule place véritable, ressentie comme n’étant pas illusoire : ma table de travail.

Lectures diverses, égarements dans lesquels se love la chatte Dana ; brève éclaircie (mais alors c’est tout le jardin qui s’illumine), puis retour au gris.

 
14 août 2014