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UNE GOUTTE DE SANG

 

 

Un voile, des éclats. Des éclats de couleurs et de voix, des rires, des cris d’enfants. La basse continue des criquets. Le vacarme des motos là-derrière la forêt, puis le silence.

Une fois de plus on a remonté le Gelon jusqu’aux marais. Observé longuement les abeilles butiner ces fleurs mauves dont, comme elles, on ignore le nom mais pas le parfum. On s’est baissé, on s’est rapproché des fougères et des fleurs, des cônes, des champignons, des fourmilières, jusqu’à perdre un peu le sens des proportions. On s’est étourdi aux parfums d’humus. On a été, un court instant, au bord de se perdre. On s’est risqué aux portes d’une nécropole de champignons noirs pourrissants, luisants, suintants, assaillis de moucherons. On a savouré comme il convient le vert vif des houx et des mousses – ces étoiles, ces lignes pures, ces piquants qui ravivent les sens. 

Et puis, on est revenu s’asseoir ici, à l’orée du bois, au-dessus des marais. 

Grand calme. Le patchwork vert de la forêt rappelle celui du printemps, et c’est bien cela cette année : l’année semble aller à l’envers, comme si l’on refaisait en sens inverse le chemin qui va de la naissance à la mort. 

Un tout petit acarien rouge traverse à toute vitesse la page. Enfant, je l’appelais « goutte de sang », et je croyais vraiment que c’était une goutte de sang capable de se promener ainsi à l’extérieur des veines…

 

20 septembre 2014

 

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.