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LE FROID

 

FortTamiéoctobre2016

 

Grand ciel bleu, montagne orange, et les sous-bois flambent de tous ces roux rentrés qui n’évoquent pas l’incendie ni la vieillesse, mais la douceur d’une fourrure de renard, d’un terrier, d’une promenade familiale aux derniers beaux jours d’automne ; il fait pourtant déjà froid.

 

Grand ciel bleu, montagne pourpre, et la forêt familière résonne non des cris du geai, de la corneille ou de la buse, mais des paroles que chante une mère à son enfant dans une langue inconnue qui ressemble à du russe mais qui est peut-être du polonais – une langue, en tout cas, venue de l’est, de loin, d’un pays froid.

 

Grand ciel bleu, montagne rouille, vaste clairière où l’on admire, où l’on acclame et encourage de tout petits enfants à qui des grands-parents rassurants apprennent à tomber, égrenant inlassablement la litanie des prénoms bien-aimés ; ici, même les reproches et les larmes semblent, sont, nimbés de tendresse ; mais dieu qu’il fait froid.

 

Grand ciel bleu, montagne sombre, soleil rasant qu’on regarde sans froncer les sourcils à travers les hêtres où les plus grands enfants jouent les écureuils, et d'où tombent encore les éclats de rire et de couleurs automnales que l’on tente de ramasser et de jeter au carnet, allongé dans un transat que le soleil n’atteint plus depuis longtemps et où l’on a froid.

 

Fort de Tamié, Bauges, 22 octobre 2016