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LA LIBERTÉ

 

Vigiejanvier2017fenêtre01

 

Premier vendredi de janvier – matinée de solitude et de liberté, puisque les enfants sont à l’école et que j’ai renvoyé hier, avec un peu d'avance, les fichiers corrigés de La route ordinaire. La température extérieure est de -12°, contre 16° à l'intérieur de la Cave qui est plus que jamais un cocon. J’aspire à de longues plages d’écriture qui seraient comme un rêve éveillé. Dans le dernier rêve du matin, je m’étonnais de ce que mes grands-parents étaient en vie près de moi, peu loquaces, et même muets comme des statues de cire, mais en vie, et je trouvais ma grand-mère en bien meilleure santé qu’autrefois « alors que nous pensions que le choses allaient se dégrader ».

 

Le rêve et l’écriture permettent cette sorte d’illusion.

 

Comme, néanmoins, cette petite fenêtre de liberté effraie d’autant plus qu’elle est limitée (trois heures montre en main jusqu’au moment où il faut aller chercher Clément au bus), je m’affaire, je prépare des plannings : l’accordéon (trente minutes), le solfège (trente minutes), le journal de la Vigie (trente minutes – c’est la durée du grand sablier rouge, à laquelle bien entendu je ne me tiens jamais), les textes de Normandie (trente minutes), et c’est comme si la fausse liberté rêvée était remplacée par une autre, cadrée, apparemment sous contrôle mais, au fond, sans contrôle, et plus vraie.

 

La liberté ne s’acquiert que par un travail résolu (sans rapport, naturellement, avec aucune torture, ni le sinistre slogan nazi à l’entrée d’Auschwitz).

 

Je crée un nouveau dossier intitulé Le Livre de Madère, où je vais commencer à rassembler les fragments qui serviront à composer le futur nouveau livre (dont je ne sais évidemment s’il ira jusqu’au bout). Je scribouille ces lignes qui, déjà, d’une certaine façon, font partie du Livre puisque je l’évoque. Un coup d’œil vers les barreaux – deux bandes de nuages couleur cendre, les lilas nus et le toit blanc-bleu du hangar couvert de givre −, un coup d’œil dans le cocon de la Cave – l’accordéon posé dans la bibliothèque sur l'ancienne mangeoire à bestiaux, l’alignement des pupitres, le micro, l’ampli et tout le bric-à-brac du musicien amateur ; ce sera, n’en doutons pas, une belle matinée de travail et de liberté.

 

6 janvier 2017