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Higelin

 

 

Vigie octobre 2019 Higelin

 

 

Sur l’écran-holodeck de la cave virevolte le chanteur.

 

Comme dans la série « Star trek » que je regarde avec les enfants, ma Cave peut être aussi un « holodeck », un espace de projection dans lequel on s’invente des vies alternatives ou bien où l’on revit des pans de son passé – car comme le bateau d’Ulysse le « Voyager » s’est égaré loin de chez lui et le retour est impossible...

 

Me voici seul, ce soir, face au grand écran sur lequel je projette le concert d’Higelin au Bataclan, en 2007. La machine à remonter le temps se met en route.

 

La cassette de Champagne ou de dans la cuisine aux rideaux orange, à Chambéry-le-Haut.

 

Le concert de Grenoble où, bêtement, je n’étais pas allé, je le regrette encore.

 

Le camarade de classe m’apportant si gentiment un article sur Tombé du ciel parce qu’il sait que j’aime Higelin, et moi jouant les dédaigneux parce que je vois d’un mauvais œil cette notoriété que n’ont pas les autres poètes et chanteurs que j’aime (ainsi ai-je systématiquement sabordé tous les liens qu’on tentait de lancer vers moi – encore que mon souvenir soit, sur ce point précis, un peu faussé, car il est possible au contraire que j’aie témoigné un enthousiasme que je ne ressentais pas, et qui resta sans suite).

 

Le disque de Mogador à tue-tête dans la cuisine de La Motte, avant mon mariage.

 

La joie folle du premier concert et de tous les suivants.

 

Les larmes lors de l’ultime adieu.

 

Le choc de cette annonce dans le bus, retour de Barcelone : « Jacques Higelin est mort », et cette conscience alors que c’était un pan de nos vies, de nos enfances, qui venait de tomber.

 

Les images sont à jamais figées, les improvisations hasardeuses du funambule n’en sont plus, puisque le film les répète stupidement à l’identique chaque fois. Passe pourtant encore, à travers ces ombres, une leçon de vie, de courage, de liberté, et un peu de cette énergie qui trop souvent me manque – et je reprends en chœur, seul dans ma cave : « Sur la terre, comme au ciel… » et puis : « Pars… »