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La Tour de Montmayeur

 

 

 

Vigieoctobre04

 

 

Marcher sous la pluie ranime les souvenirs de Guyane, à cause de ces odeurs d’humus et de feuilles qui sont soudain si fortes, surtout au pied des chênes. On remonte le chemin boueux, puis on bifurque à cause de la tache orange du chasseur, mais c’est pour mieux tomber sur un autre chasseur qu’on salue poliment, hypocritement. « Je peux remonter à travers bois, ça ne risque rien ? – Mais non, bien sûr, vous pouvez y aller ! La prochaine fois, portez quand même un gilet… »

 

Nul coup de feu pour l’instant (on en entendra quelques-uns un peu plus tard dans la matinée). On remonte, on s’égare un peu, avec la crainte ou l’envie de ne pas retrouver la voiture, puis le chemin s’élargit, semble curieusement familier, et ramène exactement au point de départ. Faux départ, donc. Cette fois, on s’engage résolument sur le sentier principal, en direction de la Tour de Montmayeur.

 

En cette période de la fin de l’automne où les feuillus revêtent leurs plus belles tenues de parade, il est plaisant de se promener sur ce plateau de moyenne altitude, entre le mont Cenis et Montalbout, juste en face du pic de l’Huile et de mon poste de guet ordinaire. J’aurais voulu le faire un jour de grand soleil, mais la balade sous la pluie a aussi ses charmes : les odeurs sont plus vives, je l’ai dit, et les couleurs plus rutilantes aussi, pour peu que survienne une accalmie dont la venue rajoute un peu de suspense à l’escapade. Est-ce qu’on pourra manger au sec ? Est-ce qu’on la trouvera, cette Tour que je n’ai jamais vue que d’en bas et à laquelle je m’étais promis depuis longtemps de rendre une visite de courtoisie ?

 

Pour l’instant, on marche sous la pluie. Belles flaques dans lesquelles se dédoublent les bois, rivières ondulantes de feuilles bariolées, chants d’oiseaux atténués. On zigzague un moment entre deux souvenirs, la pluie redouble, le chemin s’obscurcit – et puis voici, en même temps que l’accalmie, le site de Montmayeur : les ruines d’anciennes demeures, la haute tour de guet. On essuie le banc, on s’assoit, et l’on savoure le repas, la brume sur la vallée, l’air froid, le thé chaud.

 

C’est ainsi que se rouvrent, entre les arbres, entre les âges, entre deux averses et trois rayons de soleil, les sentes rutilantes d’octobre.