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La balade n’a pas été réussie

 

 

Vigiejanvier2019 Gelon

 

 

Bien sûr tout ne peut pas être toujours idyllique.

 

Après les longues averses de neige revient la pluie qui lessive tout. Je rentre en hâte pour emmener Rimski en promenade, persuadé que rien ne saurait plaire davantage au louveteau qu’une longue escapade au bord du Gelon. Pour partir au plus vite je veux passer par la porte-fenêtre qui mène directement au jardin, mais ma clé ne l’ouvre pas et il me faut refaire le tour par l’intérieur en laissant le chien à son excitation. Lorsqu’enfin j’ouvre le portillon qui, désormais, sépare la cuisine du séjour afin d’éviter les contacts non-désirés entre les chats et lui, je ne vois pas la grande flaque issue de son contentement et me retrouve avec les chaussettes pleines d’urine. Je me change. Nous voici prêts. Je sens alors dans la poche de mon blouson un liquide glacé : la bombe lacrymogène que j’emporte avec moi pour me prémunir contre une éventuelle attaque de chien errant (j’y ai depuis renoncé), vient de s’ouvrir ; quatre heures plus tard je sens encore une odeur de poivre qui me pique les narines…

 

Nous voici en route sous une pluie battante. Nous traversons le vaste replat où je faisais naguère courir Patawa, j’observe un moment le ballet d’un couple de pics épeiches, puis nous nous engageons sur le sentier transformé en torrent boueux. C’est à ce moment que Rimski commence à mordre mon pantalon en grognant, en jappant, sans que je comprenne au juste ce qui lui prend. Est-ce qu’il veut jouer ? Mais si je me baisse il me mordille de plus belle, ce qui n’a rien d’agréable et m’oblige à le gronder avant de repartir. Est-ce qu’il s’est fait mal à une patte ? Je ne vois rien. Nous voici au bord du Gelon, que j’ai rarement vu aussi tumultueux. Soudain Rimski disparaît. Je l’appelle, je m’affole, je crains un instant qu’il ne soit tombé à l’eau : je l’aperçois un peu plus haut, qui a commencé à rebrousser chemin ! Je comprends enfin son message : ce n’est pas parce qu’on est un Samoyède qu’on aime pour autant patauger dans la boue sous une averse glacée. Comme je n’ai aucune envie de remonter par ce mauvais sentier, je m’obstine à rejoindre la route en suivant le ruisseau. Morne marche de déplaisir partagé, Rimski ne ratant pas une occasion de me montrer sa désapprobation – tout en avançant quand même à mes côtés ; sitôt parvenu à la route, il part au pas de course, et c’est en courant et trempés jusqu’aux os que nous arrivons enfin au Villard.