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Victoire du printemps !

 

 Vigiemars2021 06

 

 

Le printemps reprend ses droits et moi, le chemin des bois. Trilles de mésanges, tambourinage du pic, et le chien blanc qui court entre les névés et les pierres couvertes de mousse, qui court, comme pressé de vivre. Il y a tant de lumière en mars dans le sous-bois qu’on se croirait dans une forêt immense dont les arbres seraient tellement espacés qu’ils laisseraient passer les rayons du soleil. J’aime ces faisceaux pointillistes qui donnent aux mousses des couleurs surnaturelles. Rimski, cependant, va d’odeur en odeur, mastique des crottes de cerf puis se met à creuser frénétiquement la terre noire, ahanant, grognant et bondissant sur son trou comme sur une proie ; puis il abandonne et disparaît entre les troncs : on ne voit plus de temps à autre que sa queue blanche en panache comme un aileron de requin à la surface des eaux.


Martèlement du pic, grondement du Nant. Plutôt que de partir à sa recherche je me cache moi-même, mais je suis inquiet, planqué là à quatre pattes derrière ma souche. Rimski cependant rapplique aussitôt en dévalant la pente comme un fou, et nous redescendons le cours du torrent, lui sautant de rive en rive, de pierre en pierre, plus du tout impressionné par le courant, moi pataugeant en bottes. De temps à autre je continue à me cacher derrière un tronc ou une pierre. Un tout petit animal volant que je prends d’abord pour un gros papillon passe tout près de nous : c’est un troglodyte mignon, qui se met à chanter, et je sais que, de cette balade, me restera cette fois en mémoire l’image de cet oiseau sombre et doux comme la terre de ces bois, et au chant si sonore qu’il dit à lui seul, la victoire du printemps.