Index de l'article

 

 

 

Les Crêtes

 

 

Vigiemars2021 11

 

 

Cette fois c’est sur les crêtes enneigées que se profile mon petit théâtre d’heureuses illusions : aux premiers rayons du soleil éclatant de ce dernier jour de mars nos trois ombres partent à l’assaut de la grande piste blanche désertée des skieurs. Deux bipèdes, un quadrupède, cela fait beaucoup de jambes, de pattes et d’ombres mêlées qui bougent sur la neige !

 

Marcher ici, à cette heure où il n’y a personne parce que les gens travaillent et que même les quelques randonneurs susceptibles de venir ne sont pas arrivés, avancer ainsi entre les spectres des remontées mécaniques qui semblent vouées à un abandon définitif, a quelque chose de grisant (cet air piquant y est aussi pour quelque chose). Je n’aime pas ce lieu, cette station aménagée pour le plaisir des adeptes de la glisse. Je n’aime ni le ski, surtout de descente, ni les stations ; mais j’aime marcher ainsi, en très bonne compagnie, j’aime cette sensation de la marche et la lumière de l’aube sur la neige des crêtes.

 

Un peu avant le sommet on s’arrête dans un cercle d’herbes sèches et, tournant le dos à la station, on regarde ce monde intact – apparemment intact – de la montagne. On mange et l’on boit ces heures d’or, encore, arrachées à la ferraille du temps.

 

 

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.