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BROUILLARDS

 

 

Bientôt huit heures, sept degrés. Le mouton broute l'herbe trempée. Pluie partout. Lueur des phares et des réverbères encore éclairés sur la chaussée mouillée. Dans chaque hameau de montagne un collégien attend tout seul le passage du bus. Il essaye de se réchauffer en soufflant sur ses mains. Si par chance il n'a pas la possibilité de se réfugier dans la geôle d'un téléphone portable, il peut entrer en contact avec novembre. Il peut voir lui aussi les rares pommes déjà presque flétries dans les arbres sans feuilles (cette année la récolte de pommes a été catastrophique). Il peut voir le mouvement de la brume, les lueurs dans les flaques, les couleurs dépérissant de l'automne. Il peut voir qu'il est seul, et que le monde est triste. Il peut voir se reformer l'averse au large de cet horizon bouché mais lumineux. 

Moi pendant ce temps je descends dans le brouillard. La combe de La Rochette comme une assiette remplie de lait vaporeux déborde. Le feu clignotant orange annonce l'entrée dans le blanc. Voilà, c'est juste après la dernière maison de Presle, là où la route s'est effondrée. On dirait qu'on va tomber, que tout ce blanc masque un ravin. On allume les feux de brouillard, presque par jeu. Sur cette route il n'y a personne. Les feuilles, le brouillard, des cailloux même parfois qui ont roulé du talus, la rongent et lui donnent un air abandonné. 

J'arrive aux portes d'Arvillard. Cette fenêtre éclairée, je l'attendais, je l'espérais ; mais le brouillard rend le contraste insuffisant et on la voit à peine. Une corneille est posée sur la cage du terrain de football évidemment désert. En noir sur fond de grisaille, la croix du carrefour est presque invisible. Le bruit d'eau et de feuilles sur la route me rappelle un rêve fait cette nuit dans lequel je naviguai. J'étais dans une barque, et traversais une eau profonde et transparente en compagnie de poissons ronds et jaunes. Ce n'était pas du tout un rêve paradisiaque.

 

mercredi 6 novembre 2013