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RÉPÉTITIONS, VARIATIONS, PROJECTIONS

 

 

Huit heures, cinq degrés. Belle journée. Ce sera paraît-il la seule belle journée de cette semaine et de la suivante. La montagne est claire, la vallée dans l'ombre. On recommence la répétition, pour quelle représentation finale ? Et qui se cache derrière ce « on » comme un enfant ou un écureuil derrière un tronc ? 

« On » : étymologiquement, un homme. En dehors de l'homme quelque chose pourtant recommence. Par-delà les particularités du découpage mental et langagier, qui me font dire automne, montagne, lumière, route, slalomer, feuilles mouillées, etc., quelque chose se répète ou évolue à travers les mille variations d'un cycle qui paraît soudain hors du temps. Qui est le temps. Animal insatisfait je reste au bord de mon incompréhension, navré de ce que ces intuitions se perdent dans tant de confusion. Ce qui aussi me frappe d'hébétude, c'est cette idée qu'il va me falloir poursuivre ces répétitions pendant probablement encore, et je l'espère, plusieurs décennies. Plusieurs décennies encore à creuser ce même sillon de ma route. À s'enfoncer ou à s'élever ? Est-ce que la capacité à voir, à s'émerveiller, à dire, s’affine avec l'âge ou s'émousse ? On est parfois pris d'une telle lassitude.

Les mélèzes ce matin semblent couverts de givre, décorés comme des arbres de Noël. À bien y regarder ce n'est pas du givre mais de la rosée qui forme comme une espèce de très fine brume sur leurs aiguilles. Je n'avais jamais vu les mélèzes ainsi. Arvillard est dans la brume, mais une brume très légère qui laisse transparaître la montagne et le ciel clair, une brume dont on sent bien qu'elle disparaîtra sitôt que le soleil percera jusqu'ici. La croix du carrefour se détache bien sur ce fond de brume fine. C'est un très beau matin, absolument différent de tous ceux qui l'ont précédé et, je suppose, de tous ceux qui le suivront.

 

7 novembre 2013