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EMBOÎTEMENT

 

 

Ce même mardi de novembre, remontant aux alentours de seize heures sous une averse de pluie froide. Temps triste. Chanson triste écoutée aujourd'hui encore en classe. D'aucuns me reprochent toute cette tristesse, qui préféreraient quelque chose de plus riant, de plus distrayant, que sais-je ? Est-ce que c'est ma faute s'il pleut, si le brouillard est bas et si le cœur des hommes est tellement plein de chagrin ?

(À Clément qui me demande : mais de quoi est-il mort, Thierry ? Mais de quoi est-il mort ? — j'ai répondu qu'il était mort de tristesse.)

Allez, maintenant je file avec une sorte de confiance (confiance en la machine, confiance en ces moments à venir qui n'apporteront par que des désagréments ou des accidents) vers l'école du Bourget où m'attendent Léo et Clément.

Parfois je laisse la pluie envahir le pare-brise et occulter tout à fait la vision. Si je regarde à ce moment-là trop longtemps la vitre, c'est l'accident assuré. Voilà une situation où notre dépendance vis-à-vis du dehors se donne à lire très clairement !

Conscience soudain d'une sorte d'emboîtement : le crâne, la voiture, l'atmosphère, l'espace… Mais quoi au-dedans du crâne ? Qu'est-ce qui peut dire maintenant : il y a emboîtement ? À quel étrange animal sont reliés tous ces faisceaux, tous ces fils de nos perceptions ? Où est l'araignée ? Trop se poser sur des questions, ce peut être comme de trop regarder le pare-brise en conduisant ; au bout du compte on peut réussir à faire éclater le pare-brise, mais il n'est pas tout à fait certain que cela soit vraiment ce qu’on souhaite…

 

18 novembre 2013

 

 

© Lionel Seppoloni, tous droits réservés.