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LES GRANDS MOULINS SONT SOUS LA NEIGE 

 

Après-midi d'automne. Dix degrés à peine. De nouveau les coulemelles et les corneilles dans les champs — voici Crô, juchée sur un piquet du jardin de Joël. Je slalome entre les arbres sur la route humide. Tout ce que je vois. Tout ce que je vis. Tout cela ne me dit rien. Un chat blanc couché en rectangle sur un toit de tôle prend le soleil ; j'irais bien me coucher comme lui, avec lui, au soleil.

Cet automne encore j'accumule les images, les pages, les voyages. Tout cela tombe de jour en jour et fait comme un tapis. Je fabrique mon humus. Au-dessus de la route et de la forêt je vois les Grands Moulins déjà couverts de neige. Léo, le chamois et moi y sommes restés — le chamois pour de bon, et nous sous forme de fantômes. 

Long silence. Juste le bruit des pneus sur la chaussée jonchée de feuilles mouillées. L'ombre de l'hirondelle qui passe encore. La lassitude gronde et, comme un coup de grêle, fait battre les branches des saules.

 

17 septembre 2013