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APRÈS L’APOGÉE

 

Les lilas commencent à faner (cela ne se voit encore qu’à peine, quand on s’approche). Les taches marron rongent aussi les crêtes blanches, et l’on regrette le merveilleux contraste qu'apportait le blanc de la neige par rapport au vert clair du printemps. Une fois de plus je redescends assez paresseusement la vallée, comme pour un voyage en barque (la voiture qui me suit ne l'entend pas de cette oreille et vrombit à chaque ligne droite…). S'il n'y avait le regret d'avoir à utiliser un engin aussi lourd et aussi polluant, je pense que je n'aurais que du plaisir à accomplir en voiture ces trajets quotidiens. À cette période de l'année la route est vraiment belle. Les cerisiers de Prêle, dont on admirait il y a peu l'extraordinaire floraison, sont couverts de fruits verts rougissant. On voit déjà très bien les premières cerises rouges.

Les roses rouges des jardins émeuvent, à cause de ce rouge profond qui donne l'impression d'un parfum visuel, et aussi parce que ces roses renvoient à d'autres roses de l'enfance.


On part dans une rêverie, on revient à la route. Ici on a repeint en blanc les pointillés du marquage. Le paysage est un peu flou, un peu terne ; et il y a sur le gris tacheté de la route ces traits blancs qui semblent imposer une direction : c'est par là, pas le choix ; et dans l'autre sens c'est par là aussi. De toute façon ce n'est pas une question d'espace mais toujours de temps : regarde la jauge du réservoir qui baisse, l’heure qui n'en finit pas de tourner, les hirondelles dans le ciel gris qui vont et viennent, disparaissent et reviennent, comme ces deux milans noirs qui traversent un peu plus loin, qui sont revenus d'Afrique et qui repartiront.


Je ne sais pas ce que j'ai à faire de ce petit bout d'espace, de ce petit peu de temps qui m'a été octroyé. Je regarde ce ciel nuageux au-dessus de Bramefarine, ces trouées, ces souvenirs ; je regarde, je m'étonne et je passe.

 

mercredi 21 mai 2014