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PERDRE LA ROUTE, RETROUVER LE CHEMIN

 

Ciel blanc, jour blanc, montagne barrée, jour déjà raturé. Les sous-bois aussi sont envahis de gerbes de fleurs blanches: ce sont, je crois, des reines des bois (ou barbes de bouc), dont la floraison dure (je l'avais remarqué) jusque début septembre... À cause des fougères on a en tête des images des Highlands qui parfois se superposent à celles de la route.

Comment continuer ? Comment continuer à avancer – à espérer progresser – alors qu'on fait si manifestement du surplace ? 

Noter encore peut-être, prendre en notes ce qu'on ne peut saisir autrement : cet écureuil roux aplati sur la route, peut-être endormi, ou simplement assommé, vraisemblablement mort ; les grands grumiers que l'on croise, témoins des activités qui ont repris dans les scieries de la vallée ; les chevaux dans la brume, et la haie des saules têtards qu'on remarque moins depuis que l’orange des rameaux a été recouvert par le vert argenté des feuilles ; ce grillage enfin à Presle qui déborde de roses rouges, et c'est tout de même extraordinaire d'arriver à embellir à ce point un grillage…

Noter, et saluer d’un signe imperceptible cet homme aux cheveux gris qui promène son chien, une sorte de Colley échevelé qui lui ressemble. Noter que les herbes, les arbres, et la colline de Bramefarine prise dans les nuages paraissent échevelés aussi : chercher des liens même où il n’y en a pas… 

Un escargot, un gros Bourgogne traverse, pas encore écrasé. 

Puis l'attention s'égare, flottante, évanescente vraiment ce matin, déjà si bien rabotée par la lassitude de juin (la lassitude est de toute saison, mais celle de juin a sa tonalité propre...). 

Il faut se résoudre à n'avoir pas réussi à faire grand-chose de toutes ces images traversées, de ce blanc cerné de vert, de ces silhouettes, de ces souvenirs.

Comme souvent je croise et salue mon ancien élève Valentin qui fait le chemin à pied depuis la Chapelle jusqu'à Allevard, une petite trotte tout de même. J’imagine la route vue de son point de vue de jeune piéton, et m’écris mentalement quelque chose comme : « Assez ! oh, assez roulé ! Je veux marcher maintenant, sortir pour de bon de la route, retrouver les chemins… » 

 

9 juin 2015