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LA ROUTE AUX ROSES

 

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Même dans la Vallée où l’altitude diffère et par conséquent prolonge leur floraison, les lilas ont fini par roussir. Passé le temps des lilas revient celui des roses.

À cause des averses la route, devant certaines maisons où l'on dirait que c’est jour de fête ou de deuil, en est jonchée. Les lupins multicolores, les iris mauve pâle ou même ces géraniums éclatants que la vieille femme de l'autre jour venait soigner à sa fenêtre, émeuvent moins qu’elles : ces roses jaunes sur la façade jaune à l’entrée d’Arvillard, ces roses blanches et roses sur celle de telle maison grise, ces roses rouges surtout qui s'accrochent au grillage du carrefour de Presle et dont la floraison, l'épanouissement, le flétrissement final rythmeront les semaines à venir.

La route en juin c'est la route des roses, avec ce que cela suppose de beauté éphémère, d’étourdissement.

Dans la cour de l'école l'enfant solitaire s'est assis près des rosiers. Le cœur des fleurs surtout le fascine, qu'il voudrait croquer. Il effleure les épines du bout des doigts, puis entreprend de dénouer le lierre qui entoure les tiges. Toute la récréation sera consacrée à cette tâche absurde menée en grand secret.

Dans la roseraie le jeune homme marche aux côtés de celle qui deviendra sa femme. Ils ne le savent pas encore. Une inconnue les photographie assis tous deux parmi les roses.

La grand-mère aimait beaucoup visiter la roseraie. Devant la maison qu’elle n'habite plus, son rosier rouge lui a survécu, porteur indifférent de mémoire.

« Je n'ai jamais eu de roses, disait-elle. Cela demande trop de soins, et je préfère les fleurs des champs, les fleurs sauvages, les églantines. »

Paroles rapportées en passant.

Puis voici la maison au grand rosier grimpant à l’entrée du bourg ; un merle est mort ici, dont le cadavre gît près des pétales.

 

1er juin 2016