Index de l'article

 

 

 

Balade d’avril

 

 

Vigieavril202107

 

 

Comme on perd vite pied quand on est de tempérament inquiet : il suffit d’un mot, d’une image qui, ayant fait resurgir la présence toujours active d’un effondrement qui, quoi que contré par une puissante secousse de reconstruction, ne peut que poursuivre son cours – et l’on se retrouve à pleurer dans la cave en répétant absurdement que « la villa doit être occupé » et qu’on voudrait « retourner à la mer, là où l’amour s’en est allé… »

Il suffit d’autres mots, d’autres images, et de repartir à l’abade pour que tout cela ne semble plus qu’un mauvais rêve, de peu de poids face à la réalité.

 

C’est un samedi de grand soleil , avec des fleurs partout, des pâquerettes, des pissenlits, et de jolis bosquets de barbarées communes jaune tendre que les abeilles adorent ou de mâche doucette aux minuscules fleurettes gris bleu. Le chant du rouge-gorge et de la mésange noire accompagne la  montée du sentier creux et boueux, cependant que résonnent les cloches de l’église et qu’on entend passer un nombre anormal de voitures sur la route en contrebas : on en conclut qu’il s’agit sans doute d’un mariage à l’église de La Table, car il fait trop beau pour un enterrement.

 

Ces petites étoiles blanches qui poussent en grappes à côté des sceaux de Salomon sont de l’aspérule odorante, à la délicate odeur de vanille – et ces petites fleurs violacés, du lamier pourpre, une sorte d’ortie rouge qui, paraît-il, se mange et a un goût de champignon. L’ellébore fétide, dit Elodie, c’est du poison, et cette espèce de grande plante pleine de feuilles duveteuses en étoile qui pousse dans le mur, c’est de la molène lychnite, qui dégage d’abord une odeur piquante, corpulente, peu végétale, qui s’atténue vite au profit d’une légère odeur de verdure.

 

On débouche enfin au chef-lieu de La Table où se presse une foule importante – pour ce qui n’est finalement pas un mariage mais bien un enterrement. On passe discrètement, puis on remonte en transpirant franchement jusqu’au hameau de Lonsemard.

 

Le champ que l’on cherchait est ici. On s’y assoit. Il y a des lieux où, d’emblée, on se sent bien, on se sent accueilli : ainsi de ce hameau, de ce pré ouvert protégé par une belle haie, où l’on rêve de s’installer...