Vigie, septembre 2023

 

Brouhaha

 

 

Une lune encore pleine flotte dans le ciel pâle et la brise fait bruisser les bouleaux. Il est bientôt sept heures et quelques oiseaux chantent, absolument indifférents au fait que nous sommes aujourd’hui le 1er septembre et que c’est jour de rentrée. Un chevreuil, toujours le même, détale toujours au même endroit. Les vaches blanches restent dans l’ombre de la lisière, cailloux cachés. Deux avions très lumineux se croisent au-dessus de la lune, comme en orbite.

Long silence.

Tous ces silences humains traversés de sons naturels et qui criblent les textes, aucune lecture ne peut en rendre compte et personne ne serait assez patient pour les endurer, mais la contrebasse de Fabrizio en un sens les exprime sous une forme musicale et condensée. Quand je dis « silence », ce n’est d’ailleurs que celui de la parole, car indépendamment de tous ces sons qui m’entourent, fracas du torrent, bruit de mes bottes, trilles d’oiseaux, bruissement des feuilles, grondement de l’avion, il y a toutes ces voix toujours dans la tête, bribes de chansons, paroles entendues ou rêvées, songeries confuses, qui font un brouhaha de hall de gare.

Je me promène avec mon hall de gare mental.

Ce qui m’en sort, c’est une belle tâche brune sur le chemin, qui affole complètement Rimski. De façon étonnante, le couple de chevreuils ne nous a pas entendu venir. Le mâle finit par détaler, la femelle se retourne et tient tête un moment à Rimski, qui est dans tous ses états. Le brouhaha du hall de gare pendant quelques instants s’est arrêté, qui reprendra juste après le virage.

01/09/23

 

Ce contenu a été publié dans 2023. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.