Arrêts sur images (carnet d’observations)

9 novembre 25
À mon arrivée sur l’esplanade après deux jours d’abstinence forcée, je jubile : toute la partie supérieure a été totalement ratissée, juste au-dessus de la gueule 3, ce qui laisse augurer de belles scènes de possible coopération entre Vara et Courage – et qui sait si Prudence ne s’y est pas mise aussi !… Les blaireaux, on le sait, ont surtout été étudiés dans les zones densément peuplées des îles britanniques, au sein de clans comportant un grand nombre d’individus, aussi les familles restreintes comme la mienne sont-elles peu évoquées dans les livres et les articles que je consulte. Peut-être le fait de n’être que trois oblige-t-il à plus de coopération dans l’entretien du terrier et les préparatifs de l’hivernage ?
Je constate sans surprise que les caméras postées devant les terriers secondaires n’ont rien enregistré : rien devant les gueules 5-6 du terrier principal (où je n’ai jamais vu que des loirs et des mulots passer et qui sont obstruées de toiles d’araignées, ainsi que je le vérifie à nouveau), rien devant les gueules 7-8, rien du côté des gueules 9-10-11. Peut-être faudrait-il remettre sous surveillance toutes les gueules du bas, mais je n’y crois pas : je n’y ai jamais vu aucun blaireau. Je descends tout de même pour vérifier, après avoir récupéré deux caméras inutiles, et trouve – ô joie, ô bonheur, c’est le meilleur moment de la semaine – ou plutôt retrouve les latrines perdues, toutes débordantes de grosses crottes fraîches ! Le nouveau trou a été creusé tout près du précédent, alors que j’avais cherché plus loin vers l’esplanade. Je place aussitôt l’une des caméras tout devant, et remonte à la gueule 3 relever la carte de la caméra principale.
(Un type qui déclare sans rire que le meilleur moment de sa semaine est celui où il trouve les latrines des blaireaux est, au choix, un pauvre gars complètement dépressif, ou bien un méliphile en phase terminale…)
La carte en question a enregistré près de 200 déclenchements, et les piles sont vides, que je change aussitôt.
Je regagne mon bureau en emportant ce coffre au trésor, que je m’empresse d’ouvrir et qui… me déçoit très fort. Il n’est pas vide, non, mais le paramétrage a été changé et les vidéos espérées ne sont que des photos. Des arrêts sur image. Je monte malgré tout le film de ces deux dernières nuits ; Au moins n’aurai-je pas à visionner tout cela au ralentis, cette fois… Mais voyons…
Nuit du 6 au 7/11, 7°C, temps clair.
La première image, prise à 18h30, ne montre qu’un perron vide, mais je suppose que l’un de mes blaireaux est sorti ou passé en hâte. Le deuxième déclenchement ne s’est fait qu’à 23h54. Vara fait sa toilette, dont les détails apparaissent en slow motion silencieux toutes les 4 secondes environ, certains clichés où elle ouvre grand la gueule lui donnent un air étonnamment féroce, d’autres un air rêveur. Vers 0h13 elle semble commencer le ratissage, mais celui-ci se déroule hors-champ et il n’y a bientôt plus d’images.
Nuit du 7 au 8/11, 10°C, temps clair, nuit brève.
La nuit suivante commence inhabituellement tôt, avec un museau qui émerge à 17h44 mais ne s’attarde pas – le déclenchement suivant se produit à 20h37, soit un schéma proche de celui de la veille. Vara fait sa toilette, scrute la nuit, truffe tendue… Sur la seule vidéo capturée par la caméra de l’esplanade, on la voit s’en aller lentement, à 21h09, en quête de nourriture. Le retour à la gueule 3 se fait à 23h33, et voici cette fois deux blaireaux qui se retrouvent en se mordant, en s’épouillant : Courage et Prudence ! Un quart d’heure après, Vara seule les remplace, le trio apparaît séparé mais ses membres manifestement ne s’éloignent jamais tellement… Clap de fin de la nuit.


