Journal d’un méliphile, novembre 2025

 

La reine du terrier

 

 

15 novembre 25

Dans la tiédeur du soir Vara se gratte sur le perron. Je me réjouis de la revoir, après quelques nuits où seuls Courage et Prudence semblaient occuper la place – place que, d’ailleurs, elle remplit fort bien à elle seule, tant elle est devenue, disons, imposante (mes élèves de cinquième qui, hier, devaient la décrire comme s’il s’agissait d’un animal totalement inconnu, à la manière de Jean de Léry découvrant la faune et la flore du Brésil, ont usé sans ménagement de l’adjectif « obèse » et l’ont comparée à un pachyderme, un tonneau, une barrique, j’en passe et des meilleures…).

Il fait nuit, à 18h, et pourtant un coup de feu retentit au loin, qui la fait sursauter mais ne l’affole pas. Des papillons volent dans la lumière aveugle. La gueule tendue vers le ciel, son corps en équilibre sur la patte avant droite, elle se gratte éperdument (les puces aussi profitent de la douceur, j’espère que la litière n’en est pas trop infestée) ; puis elle reprend sa position de panda sur le dos, ventre à l’air, et entreprend de se nettoyer les griffes des pattes arrière, qu’elle tient largement écartées. Ce perron terreux et le contrefort de l’épicéa auquel elle est adossée devant la gueule 3 qu’elle bouche entièrement de ses fesses, sont devenus le trône de Vara qui, quand bien même les blaireautins monopolisent les déclenchements des caméras, reste la reine incontestable du terrier.

Puis la reine solitaire s’en va.

Bien plus tard, vers 4 heures du matin, elle revient en trombe, suivie de peu par Courage, et tous deux se font fête et par deux fois se marquent l’un l’autre comme s’ils ne s’étaient pas sentis depuis longtemps. Courage, qui parait si grand par rapport à Prudence, semble avoir rapetissé, être redevenu le blaireautin dont je regardais tout à l’heure les images prises cet été, au temps où il était si maigrelet. J’aime la façon qu’ils ont de se tourbillonner autour, de ne plus former parfois qu’une seule bête ondoyante à deux têtes et deux queues – et cette façon qu’il a, lui, de s’aplatir devant sa maman pour se faire épouiller…

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