Vigie, février 2010

 

L’AVERSE SUR LE TOIT DE TÔLE

 

L’averse gronde sur le toit de tôle. Tout devient obscur au dehors, lumineux au-dedans — et surtout cette lucarne blanche là-haut. Je suis l’averse. Je ruisselle. Plus besoin d’efforts pour couper court aux pensées : parfois elles émergent, assourdies, puis se dissolvent comme poissons solubles. La respiration a changé. Pulsation de méduse, je bats, j’ouvre, je ferme, je prends, je donne, je bloque, je relâche. Souffle un peu plus ample qu’à l’ordinaire, mais très régulier. Plus aucune tension, sens en éveil. Le temps, je ne cherche plus à le mesurer, et le gong me surprend en pleine averse. Une joie sans exaltation.

L’envie me vient pourtant de continuer, mais les retraitants de Tartchin-ling sont des animaux territoriaux qui ne souffrent aucun intrus (ils ont payé pour avoir la paix) et les murs du grand temple résonnent du bruit des marteaux-piqueurs. Je pars marcher dans la neige trempée, file boire un thé froid dans la salle des voûtes glacée, puis retourne à ma chambre-cellule.

L’averse est terminée. Souhaiter en retrouver la saveur, c’est à coup sûr s’en interdire la possibilité, mais comment s’en empêcher ?

Dix-huit heures trente, dernière session au grand temple. L’expérience se prolonge, aérienne et rouge cette fois. Peu de pensées, beaucoup d’espace. Quelqu’un s’effondre et part en pleurant : que faire ? Quelques-uns n’en peuvent plus et vont se reposer.

Voilà.

 Karma-ling, 24 février 2010

 

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