Journal d’un méliphile, mars 2026

La revanche du renard

 

 

22 mars 2026

22 heures au terrier, Prudence, toujours blessée, dort sur le perron, roulée en boule comme un gros chat gris. Je suppose que ce handicap qui dure maintenant depuis huit jours la fatigue beaucoup, car clopiner ainsi sur trois pattes demande beaucoup d’efforts. Elle dort, donc, toute seule dans la fosse creusée par Courage et remplie de feuilles, en ce lieu qui est le plus sécurisé et sans doute le plus confortable du terrier.

Soudain elle entend – et l’on entend aussi – un bruit de feuilles qui vient de l’esplanade. Elle se redresse, se lève pour aller sentir ce qui se passe là-haut, et surgit alors… un mulot très pressé. Fausse alerte ? Nullement, car le mulot fuyait sans doute ceux qui déboulent alors : Courage, qui fonce à toute berzingue dans la gueule 3 où Prudence a déjà disparu, poursuivi par le renard – ou la renard, je n’en sais rien ! Le goupil en tout cas freine et, sans se risquer à mettre ne serait-ce qu’une patte sur le perron,  bondit sur le côté et remonte vers l’esplanade, où l’on voit encore les feuilles de leur course poursuite voler. Il traverse alors l’esplanade avec une drôle d’allure de babouin, les fesses en l’air, la queue arquée, se retourne à plusieurs reprises vers le terrier (pour vérifier s’il n’est pas suivi ?), puis se jette par terre et se roule dans les feuilles sans doute pour marquer, avant de se retourner à nouveau, visiblement pas très sûr de sa victoire… Il quitte alors les lieux sans s’attarder davantage.

Courage, de son côté, ressort au bout de vingt secondes à peine, s’empresse d’aller renifler la gueule 1 puis repart dans la direction prise par le renard. Prudence fait de même deux minutes plus tard, et part sur ses traces en boitant.

En presque une année et demi de suivi, ce n’est que la deuxième interaction blaireau-renard que je filme. La précédente, en date du 15 janvier, avait vu la victoire assez nette de Courage, qui avait mis le goupil en fuite ; il semblerait cette fois que l’avantage lui revienne. Je note cependant qu’ils ne se sont même pas touchés, qu’il n’y a pas eu de cris contrairement à la dernière fois, et que cela ressemble encore davantage à un jeu d’intimidation qu’à un véritable affrontement. Peut-être l’arrivée imminente des renardeaux génère-t-elle ces tensions ?

Je me demande tout de même ce qui se serait passé si ç’avait été Prudence et non Courage qui avait été ainsi pris en chasse, car il ne lui aurait pas été possible de courir aussi vite ; rien, sans doute, car je ne pense pas que le renard prenne le risque de mordre un blaireau (ainsi que de stupides vidéos générées par I.A. le montrent sur Internet), mais on ne sait jamais…

 

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