Journal d’un méliphile, mars 2026

L’attente en mars (1) – L’art de la sieste selon Courage (2) – L’art de la sieste selon Prudence (3) – Les malheurs de mars (4) – Confiance en la vie (5) – La nuit de Prudence (6) – La revanche du renard (7) – Prudence-queue-de-rat et les blaireautins d’avril (7) – Notes et références (8)

 

L’attente en mars

 

 

4 mars 2026

Ce n’est pas le moindre des paradoxes que l’accélération de la reverdie printanière aille de pair avec une diminution spectaculaire du temps de présence des blaireaux au terrier. Si Mars reste plus que jamais le mois de la guerre du côté des humains (ou de certains des pires d’entre eux), il redevient ici celui des visites furtives, de l’absence, de l’attente, avant peut-être la prochaine émergence. Bien sûr, il ne faut pas généraliser : si j’avais découvert, comme je ne désespère pas de le faire, la résidence secondaire de mon trio, je chanterais sans doute une autre chanson, mais le fait est que je n’ai plus que des bribes pour satisfaire ma passion méliphile…

Il y a tout de même des choses intéressantes à noter dans le peu qu’il m’a été donné de voir ces derniers jours. D’abord, même si Prudence et Courage ne dorment plus systématiquement au terrier qu’ils ont même tout à fait déserté à trois reprises, ils y reviennent régulièrement et continuent à y enfouir de la litière. Un soir, pendant que Prudence reste sur le perron à faire sa toilette et que Courage ratisse l’esplanade, j’ai la stupeur de constater qu’un troisième blaireau est également en train de former des boules de feuilles, en parallèle, qu’il enfouit dans une autre gueule : à en juger par sa façon de faire et son allure générale, il s’agit vraisemblablement de Vara (mais je n’en suis pas sûr car je n’ai pas vu la fameuse marque blanche, qui a probablement disparu). Un autre soir Courage revient seul vers 20 heures, ce qui laisse supposer qu’il n’a pas passé la journée loin, et se livre à nouveau à une brève séance de ratissage et d’enfouissage de litière.

Pourquoi entretenir ainsi un foyer qu’on a choisi de momentanément ou durablement déserter ? Je suppose qu’il s’agit de limiter la prolifération de parasites, probablement encouragés par la tiédeur précoce, même si aucun de mes blaireaux ne semble particulièrement gêné par les tiques ou les puces. Peut-être aussi ces retours ont-ils pour but de maintenir le marquage et d’éviter l’installation d’intrus, même si le nombre de gueules inoccupées dans ce bois laisse penser qu’il n’y a pas de crise du logement pour les amateurs de terrier. Sans doute aussi l’instinct joue-t-il son rôle : qu’elle ait ou non dans l’idée d’y revenir un jour, Vara quand elle revient au terrier se met à ratisser…

Le matin venu je rôde dans les champs et les bois, les yeux rougis par les premiers pollens et le sable du Sahara. Je collecte les images des nouvelles caméras installées autour de la mare dans le jardin d’Élodie où Courage est passé en début de soirée… Je m’allonge sous le ciel blanc et me laisse aller aux battements d’ailes, au martèlement des pics, aux clameurs printanières. Les rouges-queues sont arrivés et froissent leurs papiers quelque part en lisière. Les tourterelles ont enclenché leur mélopée monotone et le joli brocard en velours ne tarde pas à s’approcher, toujours aussi curieux de tout, et même de nous. Je songe avec un soupir d’aise qu’il sera bientôt possible de refaire des affûts.

 

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