Vigie, février 2022

 

 

 

Flânerie du soir

 

 

Vigie0222 11

 

 

Le soleil embrase l’horizon et fait une ombre d’ours avec la silhouette du chien. Même la floraison des noisetiers devient spectaculaire, même les souches mortes semblent ressusciter. Des clameurs, des coassements et des abois se mêlent à la lumière. Dans le ciel d’un bleu parfaitement limpide passe un avion, très haut, puis un geai, un corbeau, l’ombre du soir, un sentiment de paix profond et terriblement fragile, car de l’autre côté des crêtes, là-bas vers l’est, c’est la guerre qui s’est réveillée, qu’on n’entend pas gronder d’ici mais qu’on ne peut pas ignorer. Comment ne pas être inquiet quand la folie d’un seul homme suffit à faire basculer de nouveau un peuple dans l’horreur, quand l’Europe est à nouveau menacée de la pire menace ?

 

Je m’assois au pied des vieux pommiers dont les branches cassées, les écorces arrachées, les silhouettes courbées, comme épuisées, contrastent avec la sérénité de la montagne et du ciel. Plus loin, à l’intérieur du bois, tous les troncs sont coupés verticalement en une moitié toute dorée et l’autre presque noire.

 

Rimski lape l’eau d’une souche, c’est l’eau de la forêt. Ici ou là ont poussé quelques champignons qui ressemblent à des mousserons et que je ne reconnais pas. Puis une joggeuse en rose apparaît sur le chemin, que Rimski aussitôt reconnait et devant laquelle il se prosterne cocassement. Elle continue au grand désarroi de Rimski poursuit bientôt sa course, et nous redescendons le grand champ plongé dans la pénombre à présent. Sur la colline en face une fenêtre sur laquelle le soleil couchant se reflète perce l’ombre comme un fanal. Un vent froid s’est remis à souffler et l’on entend le fracas du torrent. On rentre à petits pas en slalomant sur la terre souple entre les derniers névés, les perce-neiges, les branches mortes, les traces d’animaux.

 

23/02

 

Ce contenu a été publié dans 2022. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.