Des chouettes chez les blaireaux !

23 mai 2026
Les rapaces nocturnes comme les blaireaux font partie du vaste peuple de « ceux que la nuit nous cachait », bien sûr, mais j’ignorais jusqu’à aujourd’hui qu’ils pouvaient être si proches. Sitôt arrivé au terrier des Landaz où je pensais retrouver Courage et Prudence qui ont encore quitté celui du Villard, les nombreuses fientes à l’entrée me font comprendre en effet qu’une chouette hulotte y a trouvé refuge. Comment est-ce possible ? La caméra automatique me permet de comprendre ce qui s’est joué ici pendant ces trois derniers jours.
D’abord, un gros bébé gris au duvet hirsute sort du trou en poussant des cris plaintifs et en chaloupant un peu, pas fait pour la marche, pas encore apte au vol, et l’on croirait un jouet détraqué plutôt qu’un rapace sauvage. Puis une autre caméra a capturé l’image de l’un des parents qui vient de tuer un campagnol. L’image ne permet pas de savoir si son poitrail est grisâtre ou irisé de flammèches… La hulotte regarde à gauche, à droite, avec cette façon intimidante de faire pivoter sa tête ronde en dardant partout ses yeux ronds, puis elle abat son bec sur sa proie et vole vers le terrier d’où fusent les sifflements des oisillons. L’une des jeunes chouettes remonte la pente, les plumes de sa queue écartées pour faire appui, provoquant de nouvelles salves d’appels. Combien sont-elles à l’intérieur ? L’image ne le dit pas encore… Un nourrissage a lieu à l’extrême bord du cadre, accompagné de criailleries plaintives qui n’ont pas la sauvagerie des cris de renardeaux. Bientôt voici deux chouettes debout devant l’entrée du terrier, l’une à l’extérieur que j’ai d’abord pensé être l’adulte mais qui a du duvet autour des pattes et criaille comme les autres petits, et l’autre à l’intérieur qui semble un poussin. La plus jeune s’extrait de la cavité et consomme un reste de rongeur qu’elle tient avec sa patte en s’aidant de ses ailes pour ne pas basculer. Puis les deux chouettes – la toute petite et la plus grande – s’installent sur un tronc renversé pour finir le repas et travailler l’envol. On marche sur le tronc en battant un peu des ailes, tout ça semble bien lourd, bien gauche, et pourtant – ça y est, c’est l’envol, de la branche au terrier d’où entre temps a émergé une troisième chouette qui, elle, s’envole sans hésiter et disparaît hors champ.
Sifflements, nouvel envol, la petite restée seule sur le tronc appelle de plus belle, se hisse sur un autre tronc plus élevé, appelle encore, hésite… puis s’envole.
Le soir venu, L’Écureuil et moi allons-nous nous embusquer sous les filets de camouflage pour espérer voir et photographier les rapaces, qui ne se montrent pas et ne reviennent plus. Comment expliquer leur présence pendant trois jours dans un terrier de blaireaux, où elles étaient si vulnérables ? La martre, qui est passée tout près, aurait pu tenter de les attaquer – encore que s’en prendre à trois grosses chouettes encore protégées par un adulte ne soit peut-être pas si facile pour une martre. On les voit changer, en trois jours, s’exercer au vol, finalement s’envoler : je suppose qu’elles ont quitté leur refuge initial dans les arbres sans parvenir à y retourner et qu’elles ont choisi ce terrier comme refuge provisoire, jusqu’à ce qu’elles sachent voler. Ainsi peut-on ajouter la chouette à la longue liste des utilisateurs occasionnels de terriers de blaireaux…
