Journal d’un méliphile en mai 2026

Une couverture de tendresse

 

 19 mai 2026

Ils sont là tous deux, et moi aussi humblement recroquevillé au pied de leur terrier sous le filet de camouflage.

Ce qui me frappe plus que jamais est la responsabilité que confère le simple fait d’être là. Ne pas être repéré est un impératif absolu. On n’a plus le droit de bouger, d’éternuer, d’être distrait, impatient, maladroit, préoccupé de soi. Que les acteurs se montrent ou pas, il ne saurait être question de quitter l’amphithéâtre forestier comme un spectateur malpoli, non : ils sont là, ils hument les mêmes odeurs et entendent les mêmes sons que nous, mais avec quels capteurs ! C’est tout juste si on ose encore respirer…

Un incident arrivé tantôt à l’un des terriers de renards me rend plus prudent que jamais. Comme je venais d’entrer dans le sous-bois, la renarde s’est interposée en glapissant, avant de s’enfuir dans la direction opposée au terrier, dont j’étais par chance encore assez loin, en faisant le plus de bruit possible. Le message était clair, le leurre assez naïf, mais il m’a rassuré : elle ne savait pas que je savais parfaitement où se cachent ses petits, ni que j’avais précisément l’intention de m’y rendre pour récupérer la carte de la caméra. J’ai immédiatement fait demi-tour et ne reviendrai pas avant plusieurs jours.

L’affût est une pratique exigeante, qui en aucun cas ne pourrait être généralisée à un grand nombre d’individus, sous peine d’ajouter un peu plus de stress aux non-humains. « Ceux que la nuit nous cachait » doivent rester dans l’ombre qui leur convient. C’est à cette ombre de changer de nature en n’étant plus celle de notre ignorance, de nos peurs ou de notre indifférence, mais une couverture tissée de tendresse sous laquelle nous pourrions tous, humains et non-humains, nous sentir plus au chaud…

 

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