Queue-de-rat et les blaireautins d’avril (1) – Des pelleteuses contre les blaireaux ! (2) – Un soir avec eux (3) – Des rencontres (4) – Perdus en mer, retrouvés en forêt (5) – L’Écureuil (6) – Un jour blanc (7) – Deux cadavres, une résurrection (8) – D’un terrier l’autre (9) – Au terrier du Grand Creux (10) – Qui veut la peau de Meles meles ? Le point sur le débat autour de la chasse au Blaireau (11) – Bibliographie (12)
Queue-de-rat et les blaireautins d’avril

1er avril 2026
Une pluie froide qui menace sans cesse de se transformer en neige mais au dernier instant y renonce martèle mollement la terre battue du plateau de tournage où se rejoue sans fin ce film méliphile, sombre et trouble comme un rêve, dont les boucles ne sont répétitives que pour le spectateur distrait puisqu’à tout moment les acteurs insidieusement sont susceptibles de changer de masque et de rôle, et même de disparaître absurdement de cette histoire sans scénario à laquelle, souvent, on ne comprend plus goutte…
Avant-hier, Prudence et Courage ont émergé tous deux au même moment de la gueule 3, ce qui n’était pas arrivé depuis un moment. Ils ont humé longuement la nuit comme on juge un parfum, et lorsque la composition de l’air a semblé leur convenir et qu’ils se sont décidés de remonter l’un derrière l’autre sur l’esplanade, je me suis réjoui de constater que Prudence ne boitait plus. Puis j’ai remarqué avec étonnement que la queue de Courage était devenue queue de rat : pelée, rongée par les parasites et comme cassée, peut-être que finalement le renard l’autre nuit avait réussi à le mordre ? La nuit suivante, voici pourtant que Prudence boîte à nouveau, ce qui m’oblige à revenir en arrière et à corriger mes interprétations hâtives : la queue de Courage est intacte, et lui-même reconnaissable à ce qui reste de l’ancienne encoche sur son bandeau facial et à sa façon obstinée de marquer Queue-de-rat, qui doit être une femelle, mais qui est trop petite pour être Vara et qui soudain se remet à boîter, si bien que je comprends que c’est la pauvre Prudence qui non seulement ne s’est pas complètement remise de sa blessure mais se trouve à présent affublée, en lieu et place du noble plumeau qu’elle avait plus touffu que son frère, de cet ornement pitoyable.
Cela ne change en rien l’emploi du temps nocturne, les va-et-vient, les chassés-croisés, les siestes, le toilettage, la solitude, les retrouvailles…
Soudain un assez gros sanglier mâle aux canines bien visibles traverse l’esplanade. Courage file vers lui pour mieux le flairer : rencontre olfactive seulement dans le noir intégral. Aux premières heures d’avril enfin, dans la partie la plus sombre du champ de la caméra prêtée par Blaireau & sauvage pour compléter mon dispositif et qui surveille désormais le terrier secondaire des gueules 25 et 26, de toutes petites silhouettes s’agitent, trottinent, fourragent dans les feuilles et me donnent un bref instant l’espoir d’assister à l’émergence espérée – mais c’est une farce, bien sûr, celle que me joue une laie qui accompagne en visite au terrier ses cinq petits blaireautins tout striés…
