Son masque dans la nuit

31 mai 2026
Après une journée passée à aller de terrier en terrier en quête d’autres terriers et de savoir sur les terriers déjà trouvés, il est temps de passer à autre chose. Il faut se méfier de cette obsession des terriers : on en connait plus d’un qui, de simples amateurs au départ se sont mués en terromanes et ont fini tout de bon enterrés… Toujours est-il que me voici confortablement planqué sur le petit replat aménagé près du terrier qu’occupent Courage et Prudence. Je savoure la fraîcheur du soir, le plaisir qu’il y a à voir sans être vu quand on est bien caché.
À 20h50 tapantes, Courage est là. Cela ne devrait pas surprendre – rien n’est moins inattendu que son apparition – et il y a pourtant chaque fois quelque chose d’un peu miraculeux à voir soudain la terre sombre s’éclairer, sitôt qu’émerge du sous-sol comme la lune au-dessus d’une ligne de crête ce beau masque de lumière et d’ombre. Comme toujours, Courage passe longuement les alentours au scanner de son flair. Je ne regarde plus l’écran de l’appareil qui capte et fixe en noir et blanc les images, je le regarde lui. Le contraste de ses bandes m’impressionne plus que jamais – sans doute d’ailleurs est-ce le but, impressionner, non pas faire peur mais fasciner, imprimer ces traits dans la tête ou, a minima, permettre la reconnaissance… Jamais je n’ai été si proche de lui. Je peux presque l’entendre respirer et, en tout cas, se gratter nonchalamment, signe qu’il ne m’a pas repéré.
Mais voici qu’après quelques minutes le masque me fait face, Courage se redresse avec deux petits sursauts, incline la tête, flaire encore, puis se replie dans le terrier : sans doute cette fois a-t-il perçu un peu de mon odeur humaine.
Il ressort cependant au bout de quelques minutes, et Prudence avec lui. Je ne bouge pas. Je les discerne encore dans les dernières lueurs du crépuscule. J’entrevois leurs longs museaux rayés qui oscillent et se cherchent, leurs petits yeux débonnaires qui brillent, et mes yeux aussi brillent de gratitude.
Je m’éclipse sans être repéré.
L’histoire commence ici.
